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Le Trésor des Laures

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28 janvier 2022

Epilogue

EPILOGUE

 

Mai 2018

Estelle a écrit, elle est toujours en vie ! Elle était pourtant prête à mourir, mais finalement elle a choisi la vie. Le Trésor auquel elle a eu accès est désormais pour elle une source de bienfaits et d’émerveillements. Il est évoqué dans de nombreuses traditions. Elle continue d’en explorer les différents aspects.

Elle a d’abord partagé le récit de ses aventures spirituelles avec ses proches qui, à part Georges, ont été peu réceptifs. Il lui a demandé par la suite de partager le résultat de ses recherches. Nous nous sommes rencontrés juste à cette époque parce que Georges avait besoin d’aide pour leur jardin. Intéressée par mon univers d’artiste, conteur, poète, elle m’a aidé à mettre en valeur mes œuvres et ainsi elle a découvert les possibilités des blogs.

Elle a donc créé son propre blog (« Amour troubadour en chantant ») à la demande de Georges, ce qui lui a aussi permis d’échanger avec quelques chercheurs ou passionnés de spiritualité ou de mystères.

Nous nous sommes « trouvés » avec Estelle, nous avions les mêmes centres d’intérêt, la passion de l’art, des contes et des mythes, de la littérature, de la Nature, de la spiritualité. Elle m’a offert son livre qui a été une ressource importante sur mon propre chemin. Il a été pendant de nombreux mois mon livre de chevet, je l’ai largement souligné et annoté. J’ai fait partie de son « premier cercle », l’aidant à l’occasion pour la résolution ou la rédaction de quelques-unes de ses énigmes publiées sur son blog, basées à la fois sur les révélations de ses guides et ses propres recherches pour tout vérifier. Elle continue à s’intéresser à tous les domaines auxquels l’enseignement de Jil l’a initiée et elle partage généreusement ses connaissances avec les personnes intéressées. Je suis le premier de ces quelques personnes et elle m’a dit récemment que j’étais celui qui l’avait aidée à libérer « la parole dans le puits ».

Si j’ai été l’ami le plus proche de Georges, en particulier lors de sa dernière année de vie, nous sommes rapidement devenus avec Estelle, malgré toutes nos différences, des partenaires d’évolution fidèles à nos chemins de vie et nos missions d’âme. Nous vivons un extraordinaire partenariat de deux humains ordinaires.

Sur le plan médical, avec l’aide de Georges, elle a découvert qu’elle avait une maladie orpheline et une zone cicatricielle ischémique à l’origine de ses accidents vasculaires. La localisation expliquait ses symptômes qui surviennent après une courte période d’activité. Lorsque je l’ai rencontrée, elle m’a dit qu’elle était peut-être folle, elle voyait alors régulièrement une psychiatre. C’est après avoir raconté son histoire pendant presque trois ans que celle-ci lui a enfin donné un avis rassurant : « Je pense que ce n'est pas une psychose. C'est trop cohérent et construit. »

Estelle n’est plus malade, elle reste handicapée, très fatigable, elle doit souvent se reposer, mais elle sait utiliser ses faibles capacités de façon optimale, toujours avec générosité et humilité pour celles et ceux qu’elle peut aider. J’en suis le premier bénéficiaire et en parallèle elle a partagé avec moi de nombreux enseignements qu’elle a su me rendre accessibles. Elle n’en parle pas volontiers, mais elle vit au quotidien dans l’Amour, c’est parfois déroutant quand cela s’accompagne d’un respect tel qu’il ressemble à du détachement, mais j’ai pu en constater à de nombreuses reprises l’efficacité sur les situations délicates ou les personnes qu’elle côtoie.

 

En mai 2018, pour les vingt ans du voyage décisif à Toulouse qui a transformé sa vie, tandis que je l’aidais à changer de domicile pour alléger ses contraintes après la disparition brutale de Georges, je lui proposais de réécrire son histoire en l’élargissant au-delà de cette période clé de sa vie et en approfondissant certains aspects que je ne comprenais pas. Elle a accepté à condition de ne pas trop parler de sa vie familiale afin de laisser vivre ses proches sans peser sur eux.

A cette occasion elle a compris certains aspects de ses expériences à la lumière de nouvelles connaissances sur le fonctionnement cérébral et des neurosciences. Par exemple, l'initiation à la sexualité sacrée par « Mère » peut être assimilée à une expérience de montée de kundalini, expérience qui, lorsqu’elle est vécue en l'absence de guide, ce qui heureusement ne fût pas son cas, peut s'avérer très dangereuse. Comme tout contact non guidé avec les forces insoupçonnables de l’Inconscient dans leur dimension « autre », elle expose au risque de folie, de perte de contact avec le réel.

Aujourd’hui, la science est plus ouverte à « l'irrationnel », notamment depuis les nombreux témoignages d'EMI (Expérience de Mort Imminente), d’expériences chamaniques, et Estelle peut mieux comprendre ce qui s'est passé. Adolescente elle avait été percutée par une voiture avec entre autres séquelles le traumatisme crânien dont la « cicatrice » dans son cerveau sera à l’origine bien des années plus tard de ses accidents vasculaires ischémiques. Le premier accident vasculaire a diminué le contrôle exercé par son cerveau gauche, ce qui a probablement libéré son cerveau droit et donc l’intuition, l’accès à d’autres dimensions et modes de connaissance.

Pour ce qui est de sa communication avec un esprit, elle ne peut évidemment être assimilée à du spiritisme. C’est un « jeu » très dangereux, n'en déplaise à ses adeptes citant maintes célébrités pour les justifier, Victor Hugo étant le « must » !... Elle n’a jamais rien fait pour contacter les influences spirituelles qui l’ont guidée, si ce n’est se mettre en état de méditation comme le lui avait recommandé son premier guide. D’ailleurs elle ne souhaite à personne d'être en communication avec un esprit. Elle ne l’a pas choisi, elle a été pour Jil la personne qui a peut-être permis son intervention dans le monde des vivants. Elle le voit comme l'exception confirmant la règle. Et d’après ce qu’elle a compris, s'il n'avait été question que de sauver son fils des conséquences du souffle de l'explosion de Toulouse en 2001 et de le remettre dans le droit chemin, il aurait « péché », dans le sens littéral de ce mot qui est « viser à côté ». Pour elle cependant la mission hautement spirituelle de transmission du trésor des Laures justifiait son infraction dans sa vie et ce, même si dans un rêve important elle l’avait perçu comme une forme de viol (psychique).

Les dernières découvertes sur la Méditation dite de pleine conscience et ses micropratiques lui ont permis de mieux apprécier l’enseignement de ses Maîtres pour maîtriser son mental. A l’époque où elle l’avait reçu, cette méthode adaptée de la méditation bouddhique et maintenant mise à la portée de tous, n'était pas encore codifiée, validée ou n'était pas connue.

Sa vie est beaucoup plus confortable maintenant. Elle a retrouvé progressivement au cours des années un fonctionnement plus « ordinaire » de son cerveau. Elle n’est plus envahie ni par des visions ni par les voix de ses Maîtres par lesquelles elle était contrainte à l’obéissance sous peine de douleurs physiques ou de malaises. Lorsque cela se produit, c’est plus doux, cela ne s’impose plus à elle, mais survient lorsqu’elle se rend disponible à cette forme de communication. Elle a réussi à stabiliser son énergie en restant centrée autant que possible au niveau du cœur et ses expériences de l’autre dimension sont devenues plus faciles à vivre. Elle a compris que « ce qu’on cherche en réalité est la source de vie et que l’énergie coule en nous » (ML Von Franz).

Elle a surtout compris sa mission de vie qui est d’œuvrer à sa propre Réalisation en aidant aussi les autres à y parvenir et ce, avec amour, humilité et respect de leur propre chemin de vie. Mais ne serait-ce pas notre Mission de vie à tous, celle qui nous est proposée chacun à notre niveau ?

Elle accepte donc ce qui lui vient avec sagesse en s’adaptant au mieux et je m’y efforce aussi comme celles et ceux pour qui elle est un exemple ou une ressource.

 

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28 janvier 2022

2003, Tome 2

2003

  

Début Janvier 2003

Mon état ne s’améliore pas, je n’ai aucune endurance et souffre de douleurs dans la poitrine au moindre effort. Je suis toujours très fatiguée, heureusement mon moral reste bon. La maîtrise de mon mental enseigné par mes guides porte ses fruits, je ne me laisse pas emporter par mes états d’âme. Maintenant je comprends ma maladie et lui trouve un sens, ce qui m’aide considérablement à tenir et même à affronter mes épreuves personnelles ou familiales actuelles.

Je discute avec Alicia du message de la pomme, mon Maître a complété son information :

- C’est plus clair pour moi au sujet des quatre fonctions de l’esprit dont nous disposons : les sensations, les sentiments, l’intellect, l’intuition, semblent appartenir à la dimension horizontale de notre vie. Les sensations sont en rapport avec ce que je pourrais appeler le Moi-corps (notre aspect animal, instinctif). Les sentiments le sont avec le Moi-cœur, les pensées avec le Moi-conscience (de soi), les intuitions avec le Moi-âme.

« L’intuition en nous reliant à l’inconscient, peut nous faire accéder à une autre fonction, la fonction symbolique, porte de la dimension verticale vers le Moi-esprit relié à l’Esprit. La fonction symbolique semble en effet, sous certaines conditions correspondant peut-être aux étapes de l’initiation, capable de relier ces différents Moi, de les unifier pour les élever à la rencontre de l’Esprit transcendant.

« C’est d’une certaine manière le sens du secret de la pomme vu en rêve, je devais le transmettre à Mandro pour qu’il entre lui aussi dans cette dimension verticale de sa vie selon l’axe reliant le très bas au très haut. Et c’est probablement en rapport avec le "royaume" que je devais l’aider à retrouver selon les premiers rêves me parlant de lui.

- Tu veux parler de ceux qui ressemblaient à un conte ? demande Alicia.

- Oui, mon rêve initial contenait déjà les éléments essentiels de cette aventure : je rencontrais un homme errant loin de son royaume, il en avait oublié l’existence du fait d’un « choc » probable qui lui avait aussi fait perdre son cheval (son instinct, sa capacité d’écouter son corps et son cœur ?). Comme je l’aurais fait pour n’importe qui parce qu’il s’agissait de le sauver d’un danger, j’acceptais de l’accompagner afin de ne pas l’abandonner et le chemin se révélait au fur et à mesure de notre avancée sans que j’en connaisse les étapes au préalable.

« Je lui étais totalement dévouée le temps du voyage, mais il n’y avait pas de dépendance affective entre nous. Hors de danger, il retrouvait sa demeure, sa place de roi qu’il avait aussi « oubliée », sa reine et ses sujets. Je le laissais dans cette joie, son univers n’étant pas le mien et, me satisfaisant de le voir dans l’harmonie retrouvée de sa vie, je lui disais adieu discrètement.

« Mon guide et maître tout au long de ces années (son père), quand je l’interrogeais autrefois sur ses raisons de me choisir pour aider son fils m’avait répondu que j’étais capable de m’investir totalement dans une telle histoire et que c’était mon destin. Ce qui me révoltait alors, aujourd’hui je l’admets tout à fait. Le jour venu, me disait-il, tout en l’aimant du véritable amour qui était l’essentiel de mon apprentissage (et en particulier le moyen de me permettre de recevoir les consignes pour le guider et le protéger), je serais capable de me retirer, de m’effacer discrètement.

- C’est le cas ? demande Alicia.

- Je le crois en effet. Il est maintenant « arrivé », la maison est à lui et non à sa mère, il vit avec sa « reine », c’est d’ailleurs semble-t-il le sens du prénom de sa compagne et il a fondé une famille puisqu’il a un fils. Il a trouvé sa place professionnelle, celle dont j’avais eu le pressentiment tandis qu’il avait encore sa propre affaire, il a ainsi échappé aux conséquences de l’accident de Toulouse et de ses choix préalables, (correspondant tout à fait aux messages de danger reçus à son sujet).

« Si son objectif « matériel » semble donc bel et bien atteint, peut-être que l’objectif spirituel n’est pas le sien. J’étais probablement la seule concernée par cette dernière évolution qui par ailleurs était le moyen pour le guider à bon port. J’étais utilisée pour apprendre, découvrir pour lui (à sa place ?) les étapes à parcourir, être « agie » à son profit. Mais l’histoire ne disait pas que lui s’y intéressait !

« Dans mon rêve initial, il était passif, le « chemin » nous guidait à travers moi. Et si j’ai reçu plus tard la vision éblouissante de son potentiel, c’était probablement pour me faire progresser jusqu’à l’état requis, celui de canal des influences mystérieuses à l’œuvre dans cette aventure fabuleuse.

« J’ai pensé que cette histoire finirait par ma mort, seule façon d’être libérée ou conclusion logique pour être parvenue à ce niveau de conscience où mon organisme ne pouvait plus faire face ! Mais j’ai peut-être un autre destin comme me l’indiquaient déjà mes premiers rêves : je « quittais » Mandro le laissant à son destin.

- Et toi ? demande Alicia.

Je réfléchis un peu avant de répondre :

- J’ai été bouleversée de fond en comble par cette aventure et je me suis aperçue avec stupeur que mon état actuel répond au contrat fait avec le Maître suprême. En effet j’étais d’accord pour reprendre l’histoire, c'est à dire la rédiger, et suivre « la voie » pour mon propre compte. Comme il me manquait du temps dans de bonnes conditions matérielles, cette maladie est peut-être la réponse : étant très fatigable, écrire et lire sont les seules activités compatibles avec mon rythme de repos fréquent.

« Je n’ai plus la capacité physique de m’absorber dans toutes les activités qui me polarisaient auparavant me détournant de cet objectif. Par contre je parviens encore à faire de petites choses importantes pour mon bien-être et l’estime de moi-même. L’essentiel est ainsi préservé et paradoxalement ma Mission est même favorisée par ces nouvelles conditions de vie pourtant bien pénibles !

- Au moins tu ne t’ennuies pas, dit Alicia.

- C’est sûr et d’ailleurs j’ai revérifié l’étymologie d’ennuyer, c’est être un objet de haine et dans un sens ancien « être recru de fatigue ». J’ai déjà rencontré cette notion d’Ennui et son dangereux potentiel, je crois que c’était dans la « cité d’harmonie ». Il fallait y être en accord avec soi-même presque au sens musical du terme, écouter son propre être ou le « langage des oiseaux » symbolisant les influences spirituelles. L’ennui au contraire vient lorsque nous sommes centrés sur l’extérieur qui nous distrait et nous éloigne de nous-même.

- Et donc, insiste Alicia, comment vois-tu l’évolution de cette histoire pour toi ?

- Je laisse Mandro là où il en est, là où je devais l’accompagner, mais j’ai tout de même obtenu son « merci » comme à la fin de mon rêve initial ! Continuer sans lui est mon destin bien que l’Amour soit toujours en moi, maintenant à sa juste place. Je choisis de continuer à servir la voie de Connaissance et d'Amour, de m’y engager totalement.

« Je sais de toute façon pour en avoir payé le prix fort, qu’en essayant d’oublier tout cela, de le renier pour retrouver le banal, la vision ordinaire et les objectifs matérialistes de la vie, je perdrais ma vie dans tous les sens du terme. Je dois poursuivre, faire confiance au processus qui m’entraîne toujours plus loin hors des sentiers battus. Et surtout je dois finir d’en rédiger le récit, car ce travail m’en révèle l’aspect transcendant et la fabuleuse cohérence.

« Une chose est sûre, même en admettant que je sois « dérangée », je n’ai pas inventé une telle histoire. J’en aurai été bien incapable et je ne l’avais même pas comprise en la vivant ! Je n’en ai probablement pas encore saisi toutes les implications qui pourtant orientent ma Mission et donc la vie qui me reste. Voilà pourquoi je dois poursuivre la voie spirituelle ouverte pour moi en reconnaissant sa valeur et le fait qu’elle est ma vraie vie, celle qui « coule de source ». Ce processus me mène vers ce que je suis vraiment, vers ce qu’il y a de plus authentique en moi. « Je serai qui je suis » ?

« Finalement ce temps de « jachère », de profonde remise en question d’ordre vital puisque j’ai frôlé la mort, me conduit à cette conclusion. Dans cette perspective, cette maladie est bien une chance et non une calamité, même si c’est un vrai travail de « changement de vision » de l’admettre. Je n’étais pas capable de modifier les conditions de ma vie de moi-même pour faire de cette voie ma priorité, la maladie m’y conduit naturellement par ses aspects handicapants qui me maintiennent dans les rails en ne me laissant plus d’autre choix.

Je dois écrire, chercher, méditer, suivre la voie du Symbole révélé. J’en connais toute la valeur, il a le pouvoir de me guérir, de transformer ma vie d’une façon que je n’imagine même pas aujourd’hui. Mais je dois d’abord parcourir le chemin qui me ramène vers lui puisqu’en ce moment je ne parviens toujours pas à en stabiliser la vision.

- Tu sais comment procéder ? demande Alicia.

- Dans un songe récent, le Maître suprême m’a dit : « Vis ta vie comme elle se présente. C’est le plus difficile et ta voie, n’en cherche pas d’autre ». Et par ailleurs je comprends que la clé de la rencontre humain-divin est la personne aimée, elle donne accès au Symbole de lumière et d’harmonie, au centre de l’être. Tu vois, ma route est toute tracée, je n’ai plus qu’à la suivre en assumant ma vie comme elle est, en devenant entière, ombre et lumière. Ce n’est pas facile et je rencontrerai encore le Doute sur la route, mais je sais maintenant qu’il contient une forme lumineuse !

« En tout cas, je ne dois rien renier, même si bien sûr je ne confonds pas le miroir, la personne réelle de Mandro et l’image divine reflétée par le miroir qui m’a révélé le potentiel humain de Réalisation, ce potentiel d’être de lumière auquel je suis désormais conviée moi aussi.

- Cette image de miroir associé à l’amour me fascine, dit Alicia. En fait, en se regardant dans les yeux de l’autre on se découvre bien sûr soi-même. Ce serait la capacité de l’autre à refléter une image correspondant à nos représentations intérieures et à notre « anima » ou « animus », qui ferait naître le sentiment d’amour.

- Et lorsque deux miroirs se reflètent parfaitement l’un en l’autre, dis-je, ne font-ils pas naître des images imbriquées, centrées sur un point à l’infini au-delà du visible ? Si le miroir de l’autre et notre propre capacité le permettent, l’amour est une voie de « connaissance de soi » irremplaçable, (et comme le dit la tradition déjà inscrite sur le fronton du temple antique de Delphes : de connaissance de l’univers et de Dieu). Cependant, si on cherche à faire coïncider la réalité de la personne aimée avec l’image reçue dans le miroir de l’amour, le dérapage et même la déchirure ne sont pas loin.

- En effet, commente Alicia. Et ce n’est pas facile à éviter. Mais tu cherches quoi maintenant ?

- Je cherche à comprendre dans mon être selon l’axe corps-cœur-âme-esprit, les lois de l’énergie humaine, depuis sa dimension vitale du « souffle » que j’ai failli rendre, jusqu’à sa dimension spirituelle reliée à l’énergie universelle. La réalité extérieure est en correspondance avec la réalité intérieure. L’Univers est en « nous », est « nous ». Ce n’est pas facile à dire, et l’admettre profondément, définitivement exige un engagement total pour accéder au niveau de conscience correspondant. A ce niveau, nous pouvons regarder cette réalité en face, nous réveiller, entrer dans la vraie dimension de la vie.

« Je ne sais pas si j’en serais capable, j’ai déjà la chance d’y être appelée et de bénéficier, malgré les apparences défavorables de ma maladie, des conditions qui me permettent de m’y consacrer en priorité. Selon le Maître suprême, les conditions matérielles et relationnelles de ma vie ne sont qu’un décor, l’essentiel étant le travail auquel je dois me consacrer désormais.

- J’aime bien ton nouveau programme, conclut Alicia, et tu peux compter sur moi pour te suivre de près.

Par la suite je m'en suis tenue à cette ligne de conduite, ne me préoccupant plus de guérir à tout prix. J'ai suivi les conseils de mes médecins sans m’arrêter aux étiquettes diagnostiques diverses et variées, parfois objectivement fausses qu’ils utilisent. C’est encore plus pour se rassurer eux-mêmes que pour masquer leur ignorance face à ma maladie.

J'ai même découvert à cette occasion la différence fondamentale entre les conceptions de la médecine moderne (traiter la maladie d’un patient) et la conception du Soin (prendre soin d’une personne malade). En tant que soignante, je m'étais interrogée à ce sujet, sans trouver de réponse totalement convaincante. Le médecin est formé pour établir des diagnostics et prescrire des traitements. Si la maladie a une étiquette diagnostique claire et que le traitement marche, c’est satisfaisant pour tous. Dans le cas contraire, le patient court le risque, s’il n’est pas rejeté ouvertement, d’être classé sous un quelconque label psychiatrique ou « fonctionnel » : stratégie défensive devant l’énigme d’une personne souffrante en l’attente d’une réponse scientifique.

Peu de médecins s’intéressent à la personne, à son vécu de la maladie et à son bien-être lorsque la guérison n’est pas au rendez-vous. Cette démarche plus naturelle aux infirmier(e)s et autres soignants, semble pourtant correspondre à la notion de santé définie comme un état de bien-être et non une absence de maladie (définition de l’Organisation Mondiale de la Santé).

J'ai bien sûr traversé des moments difficiles mais j'ai tenu bon, toujours guidée par mon Maître intérieur et soutenue par mon entourage qui me prodigue amitié et amour. Le lien avec Georges s’est renforcé dans l’épreuve, je l’aime plus que jamais, il est vraiment « l’homme de ma vie ». Et si mon amour pour lui m’a conduit à lui proposer de reprendre sa liberté afin de ne pas avoir à assumer une femme malade, je me réjouis qu’il ait décliné mon offre en m’assurant de son amour.

 

Septembre 2003

Mon travail d’écriture est parvenu à son terme et Georges l’a fait imprimer. Avec Alicia, nous avons choisi de rester au plus près de ce que j'ai vécu, avec mes doutes, mes erreurs ou mes errements et aussi mes moments d’extase, d’illumination ou de confrontation à un irrationnel si peu accepté, voire ridiculisé en notre époque officiellement rationnelle. Pour mes guides, c’est ainsi que je dois offrir la Perle-témoin du chemin où brille la lumière destinée à ceux qui ont le courage de l’engagement nécessaire, du travail de décodage et bien sûr d’appropriation des étapes de la voie qui m'a été révélée.

J'ai reçu la consigne de le partager et j’ai demandé à plusieurs personnes de mon entourage proche, familial et amical, de lire ce manuscrit. Je suis prête à le retravailler en fonction de ce qu’elles m’en diront.

Les symboles qui m’ont guidée appartiennent au patrimoine de l’humain en quête de la vraie dimension de sa conscience. Je pense bien sûr en premier lieu à Mandro puisque j'ai fait ce parcours grâce à lui, pour lui, mais aussi à tous ceux qui, comme moi auparavant, cherchent sans savoir ni quoi ni où chercher.

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Grâce à Mandro et son professionnalisme, Georges a été très satisfait du projet immobilier toulousain de 1998. Il l’a rencontré de temps à autre et lorsqu’il m’a informé de son nouvel emploi, j’ai été stupéfaite en découvrant que le logo de l’entreprise comportait les deux croix + et x. Un sourire du destin et la signature du chemin du Huit, l’étoile à huit rais.

Le chemin qui m’a été proposé n’est pas un chemin facile et si l’objectif concerne chaque humain, les aléas du parcours sont individuels. J'ai reçu quelques clés pour ouvrir les passages facilitant la montée de conscience, je les partage avec celles et ceux qui acceptent de se mettre en route dans la dimension verticale de leur vie, vers le centre de l’être communiquant avec l’Être, cet Esprit transcendant toutes nos limites pour nous guider vers la Lumière.

Il me reste beaucoup de chemin à accomplir et beaucoup de travail. Telle est ma voie et si elle peut paraître rude, chaotique, voire absurde à ceux qui ne voient pas au-delà des apparences, je veux penser à ceux qui y sont appelés comme moi. Ce que j'ai vu et reçu est un fabuleux trésor paraissant vil et sans intérêt à ceux qui n’ont pas d’yeux pour voir et pas d’oreilles pour entendre, mais il révélera toute sa splendeur à celui ou celle qui « suit la voie du cœur ».

En choisissant le service sur la voie de l’Amour, je suis gardienne de ce trésor découvert au nom d’un autre et je dois maintenant, forte de cette vision, parcourir le chemin par et pour moi-même. Cependant, bien consciente de mes limites, je suis désormais attentive à le veiller fidèlement en me mettant à son service. C’est finalement devenu ma raison de vivre et paradoxalement ma liberté.

N’est-ce pas aussi le destin du quêteur du Graal au cœur pur que d’en devenir le serviteur et le gardien ébloui selon la Tradition ?

 

28 janvier 2022

2002, Chapitre 5, Tome 2

5

 

Mardi 3 décembre 2002, fête des Xavier. Saint François-Xavier est un noble basque du XVI° siècle, il fait ses études en France où il rencontre Ignace de Loyola avec lequel il fonde la « Compagnie de Jésus », origine des Jésuites. Missionnaire, il est désigné comme « l’Apôtre des Indes », il meurt en Chine.

Alicia passe me voir à la maison.

- Alors, quoi de neuf, Docteur ? dit-elle d'humeur badine.

Nous rions, puis je réponds :

- Pour l’instant, nul médecin ne peut me donner de précision, ni en hypothèse de diagnostic ni en évolution possible. Aussi j'interroge mes guides pour mieux comprendre cette maladie.

- Et que te disent-ils ?

- J’ai revu le Maître des lumières qui libéré poursuit sa progression. Pour lui j’ai toujours une mission envers son fils et ce malgré l’état d’impuissance auquel je suis réduite. Il veut que j’écrive cette histoire sous peine d’en mourir. Comme de toute façon je ne peux pas faire grand-chose, je m’organise pour m’y consacrer.

Je comprends, les mots peuvent libérer des maux... Tu sais que tu peux compter sur moi pour t'aider.

- Certes merci, c’est précieux pour moi. D’autant que selon le Maître suprême, ma maladie actuelle est une épreuve nécessaire, comme inscrite dans mon destin, elle n’est pas liée à une faute de ma part. La priorité est mon évolution spirituelle. Ma maladie y contribue peut-être.

- En fin de compte tu es un peu comme Job, éprouvée par la maladie.

- Peut-être. Mais je veux te parler d'autre chose.

- Je t'écoute.

- Eh bien, au pire moment, alors que je croyais mourir, j’ai eu la vision complète du Symbole. Mais depuis cet instant fabuleux, à chaque fois que j’essaie de le revoir, il est réduit en poussière et disparaît.

- Tu y vois une cause ?

- Jil m’avait prévenu que je ne pourrais l’utiliser sans passer par Mandro. J’ai l’impression d’être au pied du mur du fait de son attitude de refus. Pourtant je veux croire de toutes mes forces qu’il existe un autre moyen pour m’en sortir plutôt que de passer par lui. Je préfère mourir plutôt que de lui forcer la main.

- Si je comprends bien, Estelle, tu veux lui laisser l’initiative même dans ce contexte où il pourrait peut-être t’aider.

- Je renonce à l’attente du contact avec lui. Pour la voie qui lui est proposée, je poursuis tant que cela me sera possible selon l’enseignement de mes guides. Je ne l’oublie pas pour autant, je me suis engagée pendant les dix ans à venir à lui transmettre ce qui lui revient s’il le demande. Je me suis assurée que si je décède avant il recevra ce que je peux lui transmettre de cette façon indirecte, sans contact ni demande de sa part. Je crois toujours en son potentiel et c’est ma mission. Mais je dois poursuivre pour moi-même.

- Tu parles d’un enseignement personnel ?

- Oui, en ce moment il se poursuit avec le maître suprême. Ainsi, en reprenant l'image de la pomme il m'a expliqué les fonctions principales d’orientation de l’esprit que j’avais découvert sous la plume de Jung sans y prêter attention tant cela me semblait complexe et bien loin de mes problèmes actuels.

- Je suis curieuse de savoir !

Je rassemble mon courage et je me lance…

- Je ne sais pas très bien l’expliquer. A partir de la pomme, j’accède à différents modes d’interprétation. Par les sensations liées aux cinq sens, je goûte la réalité perceptible, selon l’image de la pomme croquée, symbole du domaine de la Jouissance.

« Par les sentiments (c’est beau, bon, utile) j’évalue ce fruit à l’image d’une tranche fine transparente et très esthétique, symbole du domaine de la Puissance en tant que force s’exprimant dans la matière créée.

« Par la pensée, la fonction intellectuelle, je découvre la nature rationnelle du fruit, son espèce, sa composition, c’est l’image de la pomme coupée en deux dans le sens vertical, symbole du domaine de la Possession (puisque par le savoir, je m’approprie le fruit et l’utilise à mon gré : jus, compote, pectine...).

« Enfin par l’intuition (le sixième sens), la pomme offre un autre sens, elle me met en relation avec l’inconscient, l’autre monde et c’est alors le symbole du domaine de la Connaissance représenté par l’étoile à cinq branches au cœur du fruit coupé à l’horizontale. Je ne saisis pas l’intérêt concret de ces notions dans mon expérience actuelle mais c’est réellement fascinant.

- En effet, commente Alicia, c’est un enseignement onirique !

- Oui et je garde espoir grâce à l’un de mes songes. Dans celui-ci je suis très fatiguée, je regarde au loin une montagne surmontée d’une étoile à cinq branches et cet objectif m’apparaît tout à fait inaccessible en raison de mon état de santé. Soudain, habillé de noir et masqué, un homme vient vers moi et me prend dans ses bras avec beaucoup d’énergie. Je me sens en sécurité contre lui, et pour me sentir aussi bien, c’est sûrement Georges. Il me conduit jusqu’au sommet et me dépose devant l’étoile contenant une forme humaine. Il enlève alors son masque, c’est en effet Georges, il me dit :

- Voilà où tu voulais aller, vas-y. Je préfère que tu sois bien ici sans moi plutôt que mal en bas avec moi.

Il insiste pour que j’aille voir l’homme de l’étoile. J’y découvre Mandro, heureuse de le revoir. Après une brève discussion, nous sommes d’accord pour vivre notre histoire chacun de notre côté séparément. Le Maître suprême nous interrompt pour nous informer de nos perspectives d’évolution. Il me montre du doigt l’endroit représentant ma vie d’en bas, une vie « terre à terre », avec la maladie et les épreuves. De ce lieu paraissant obscur, noir dans tous les sens du terme, jaillit une source. Le Maître me dit : « De là-bas jaillira la vie et l’énergie, retournes-y et patiente ». Je vois la source s’élever de plus en plus haut jusqu’à la hauteur de l’étoile et je devine qu’en me plaçant en son centre, sa puissance m’élèvera.

En écho à ce que je viens de lui confier, Alicia me fait part de ce que M. L. Von Franz écrit au sujet de l’eau « de la vie » dans les contes de fées : C’est par les rêves qu’on peut atteindre le flot souterrain de la libido inconsciente et se rendre compte de la direction du courant afin d’y adapter notre mouvement conscient. Ce sentiment de vie persistera alors même si des événements pénibles se produisent. Au contraire une personne peut tout posséder matériellement, si le flot de vie l’a quittée, rien de tout cela ne la satisfera. Ce qu’on cherche en réalité est la source de vie et que l’énergie coule en nous.

« L’eau de vie » est l’image de l’expérience mystique, celle-ci étant l’expérience de la plus haute intensité vitale. LE BUT VERITABLE EST DE SENTIR LA VIE COULER EN SOI DE TELLE SORTE QU’ELLE AIT UN SENS.

 

28 janvier 2022

2002, Chapitres 3 et 4, Tome 2

3 

 

Samedi 31 Août 2002, fête des Aristide qui signifie « fils du meilleur ». Saint Aristide est un philosophe d’Athènes converti au II° siècle, célèbre par sa foi et sa sagesse, il a écrit une apologie chrétienne.

Je fais un rêve très impressionnant. Pour le comprendre j'assimile tous les protagonistes du rêve à des éléments de moi-même. La part enfantine en moi (ma fille dans le rêve), a porté un très bel enfant mais trop gros, il n’a pas pu se développer jusqu’au terme. Il était le fruit d’un abus, le père est retourné en Italie. J'entends à ce propos dans un jeu de mot : « il t’a liée ».

Dans le même temps la part adulte en moi, vivant en couple uni, a adopté un bébé aux apparences de vieillard. Il est d’origine étrangère (Inde ?), plein de vitalité et dort dans l’obscurité. La lumière le réveille, il pleure puis se rendort en souriant seul dans le noir. Dans mon rêve, l’adulte dit à la toute jeune fille : « Tu vois on se serait occupé tout pareil de ton bébé ». Cette enfant a-t-elle été abusée par celui qui m’a liée (par un serment ?) et m'a donné avant de partir un bébé occidental très beau, trop gros pour moi et non viable ? Et quel est ce bébé paisible et souriant, témoin d’une tradition ancienne, grandissant dans le noir ? Je sais juste que ce n’est pas le symbole du Reiki.

  

Septembre 2002

J’ai commencé à reprendre mon journal et mes notes pour en faire un manuscrit partageable. Plus j'accorde de priorité à cette tâche de ma vie (selon sa dimension spirituelle), plus le reste s’accomplit facilement, sans heurt et comme par magie. Au contraire, quand je me « reprends » comme je suis toujours tentée de le faire, c’est-à-dire lorsque je laisse ma raison prendre le dessus et que mes obligations ou contraintes me semblent prioritaires sur cette tâche spécifique, plus elles sont lourdes, compliquées et m’absorbent complètement sans pour autant me satisfaire.

Convaincue de l’importance du travail demandé avec insistance (et ne serait-ce que pour ma propre évolution), j'essaie de déterminer les conditions idéales qui me permettraient de le mener à bien.

1 - N’avoir que cela à faire,

2 - Ne plus avoir le souci de gagner de l’argent (je ne peux donc pas faire le choix d’arrêter de travailler pour réaliser cette « œuvre »),

3 - Ne pas avoir de pression en termes de résultat, de temps.

Ce sont des conditions impossibles à remplir dans ma vie actuelle. Je fais pourtant de mon mieux en m’y consacrant souvent, même si j'admets comme me le répètent mes guides que c’est insuffisant.

Dans le même temps, je n’ai pas envie de gaspiller mon énergie pour un indifférent ou pour des gens qui bien évidemment ne m’attendent pas pour ces révélations. Ceux qui sont intéressés peuvent probablement bénéficier du même soutien sans mon travail, et ceux qui ne s’y intéressent pas, comme Mandro à priori, ne vont sûrement pas évoluer grâce à lui. J'ai par ailleurs plein de projets de formation, de développement professionnel, et pour m’aider à les concrétiser je m’inscris à une prochaine formation prévue un mois plus tard.

 

Mardi 24 Septembre 2002, fête des Pacifique qui signifie « Aime la paix ». Saint Pacifique est un troubadour désigné Prince des poètes au XIII° siècle. Converti tardivement par Saint François d’Assise qui avait aussi connu la tradition courtoise dans sa jeunesse, il l’envoie implanter son ordre en France. Saint Pacifique inspiré par la tradition du Graal qui s’épanouit à cette époque est connu pour avoir eu la vision de Saint François occupant le siège de Lucifer (le plus beau) au ciel.

En poursuivant mes recherches, je fais de nouveau le rapprochement entre le Graal et le symbole secret de « chance » tibétain. Le symbole dont je perçois maintenant les contours est peut-être du même ordre ? Je demande à mes guides : « Pouvez-vous m’aider à y voir plus clair ? »

Lors d’un moment de pause, je me laisse saisir par un songe. Je vois le « vieillard des origines ». Il a de longs cheveux blancs, une face d’ombre aux yeux brillants (comme des braises). Il me dit d’une voix grave et profonde : « Tu te trompes. Ce que tu cherches n’est pas le symbole tibétain. Si tu regardais plus attentivement en changeant de niveau ? »

Je vois une triple spirale émergeant d’une boule dorée qui trace une équerre, forme un carré puis un cube immobilisé sur la pointe d’une arête. Un pentagramme apparaît sur la face supérieure. Le sage insiste sur le cercle de la spirale, le cube et le « Y » des trois arêtes. Dans le domaine de l’énergie, la sphère immuable contenant tout en son sein engendre un dynamisme qui forme une triple spirale. Ramassée en un point, l’énergie en jaillit pour former une ligne puis un angle droit (une équerre). Quatre équerres dessinent l’esquisse d’un cube, faisant apparaître une figure en Y à partir d’une pointe du cube. Puis le pentagramme surimposé forme une étoile, c’est la voie du retour à l’unité.

À ce stade, l’énergie dans le corps de l’homme circule sous l’aspect d’une double boucle, comme un huit, symbole de l’infini quand ce signe est couché. La Force originelle forme la matière en volume (selon trois dimensions), marquée du sceau de l’Étoile (Le cinq, l’Homme complet, l’androgyne harmonieux). La quadrature du cercle sur le plan énergétique génère le huit. Ce huit serait-il le signe de l’activation de ce que les orientaux appellent l’orbite microcosmique (de l’Homme)? La vocation de l’Homme est-elle de découvrir (et utiliser) ce code, cette loi qui anime l’univers et gouverne de même la circulation énergétique de son corps ? L’Homme accompli selon ce « programme », ramènerait la matière à sa nature originelle, (et c’est peut-être ce que certaines traditions appellent la « restauration » de la matière). Le cinq est le symbole de l’homme réalisé à l’issue de ce mystérieux travail, l’Homme-lumière qui peut alors entrer en communication avec le six, l’étoile du modèle universel de la Création porteur du sceau divin, pour devenir réellement un pont entre Ciel et Terre. C’est sûrement à cette conception que se rattachait la notion de « pontife » aux origines, littéralement celui qui est ou fait le pont avec sa propre personne. C’est un superbe programme proposé à l’humain, mais la route est bien difficile pour y parvenir, et ne serait-ce déjà que pour l’entrevoir.

 

Fin Septembre 2002

Je pars quelques jours avec Georges pour une petite escapade en amoureux dans le centre de la France. Alicia est contente que je parte pour un repos bien mérité et surtout nécessaire après un mois d’août épuisant et une rentrée marathon. Elle me souhaite de me remettre en forme pendant ce court séjour. Depuis quelques mois déjà, je suis très fatiguée. Je prévois de ralentir mon rythme, mais je suis piégée par l’enchaînement des activités du quotidien et un emploi du temps toujours bien rempli. 

 

Début Octobre 2002

Hélas, ce court intermède de détente n’a pas suffi. Quelques jours après mon retour, je fais un malaise sur le lieu de travail, suivi d'un autre plus grave le lendemain qui me conduit d’abord à l’hôpital puis en arrêt de travail. Je crains pour ma vie à brève échéance, je suis soudain très faible, obligée de me mettre au repos complet. Je subis de nombreux examens et bilans médicaux, la cause de ma maladie semble complexe.

En l'absence d'un diagnostic formel, Georges craint le pire pour moi. Il est très affecté par la situation et surchargé de travail avec ses études de droit en parallèle à son activité professionnelle. Il doit s'occuper de la maison et des trois enfants angoissés par l'état de leur mère. Il encadre de plus un groupe de jeunes en activités de loisir nature, poste qu'il a accepté en septembre. Il tente de faire face à tout avec détermination et sens des responsabilités comme à son habitude.

Je n'ai pas peur, mes rêves sont magnifiques, mes guides me recommandent toujours de me consacrer à l’écriture. Je m’y efforce donc malgré mon immense fatigue, ne serait-ce que pour ne pas me laisser abattre psychologiquement par l’inquiétude. Je me sens touchée en plein cœur et en effet mon cœur manifeste son incapacité à maintenir une tension correcte.

Dans l’épreuve, bien qu’atteinte gravement sur le plan physique, mon être profond reste relié au divin par la grâce de mon aventure récente. Je fais confiance au destin qui s’exprime pourtant maintenant sous des apparences contraires. Et si la part raisonnable en moi s’interroge ou craint l’avenir, je pressens qu’il existe un sens réel lourd d’une possible évolution propice à ma réalisation. Lors d’un malaise qui m’amène au bord de la perte de conscience, j'ai soudain la vision du Symbole complet dans toute sa splendeur, se déployant en trois dimensions et en mouvement.

Peu après, je découvre enfin le symbole caché au cœur de la tulipe : c’est à partir du trois manifesté, la révélation du six inscrit dans la création menant à la totalité symbolisée par le dix. Cela m'apparaît soudain très nettement contenu dans le cœur de la fleur tandis que je l’avais vainement cherché pendant de longs mois. Alicia évoque à ce propos la mystérieuse Tétraktys des Pythagoriciens. Elle représente la Décade, image de la TOTALITE EN MOUVEMENT, des éléments du Cosmos.

Au même moment, et je suis persuadée qu’il ne s’agit pas d’un hasard, je découvre un livre écrit par Marc-Alain Ouaknine sur la tradition hébraïque. Il confirme par des données sur la valeur géométrique du nom divin la validité de mon étonnante expérience de plongée dans le monde des symboles.

« Cherche la pierre », avait-il été conseillé à Mandro par son père, via mon intermédiaire ! La pierre est le fondement et c’est aussi le cube lorsqu’à la fin de l’œuvre, elle est taillée. De plus en hébreu le mot « pierre » est composé de deux mots : le père et le fils ! La pierre serait aussi le symbole du lien des générations unissant le père et le fils, (un merveilleux cadeau du père pour son fils ?). Et selon Platon le monde était composé de formes géométriques, des polyèdres…

Je suis saisie de vertiges depuis plusieurs mois, ce qui somme toute n’a rien d’étonnant face à la perspective si bouleversante de recevoir par la voie intérieure la connaissance de symboles ancestraux dont je n’avais aucune notion auparavant. Je l’admets volontiers tout en disant que je ne regrette rien et que je suis prête, si pour avoir découvert ces merveilles, je dois mourir comme consumée par leur énergie fabuleuse. D’autant qu’au moment où je suis la plus faible physiquement, je reçois intérieurement des enseignements d’un niveau supérieur couronnant mes interrogations au sujet des énigmes symboliques rencontrées lors de mon aventure. Or je n’avais pas encore réussi à les résoudre malgré mes recherches constantes.

Mes capacités intuitives et inconscientes ne sont-elles pas activées par l’abaissement des barrières de ma conscience du fait de ma maladie ? Cela me permet peut-être d’accéder à un nouveau « savoir » complétant celui que j'ai déjà reçu.

 

Dimanche 20 Octobre 2002, fête des Aline qui signifie « noble douceur ». Sainte Aline (ou Adeline) au XII° siècle fonda l’Abbaye de Mortain en Normandie, abbaye des « Dames Blanches », un des sites des légendes arthuriennes.

Totalement lucide alors que je me vois au bout de ma vie, je tiens à finaliser le nécessaire pour Mandro, ainsi il pourra continuer le parcours à son gré et recevoir ce qui lui était destiné. Georges le lui remettra si je ne peux le faire moi-même, en cas de décès. Par ailleurs, en attendant que mon propre avenir se précise d’une manière ou d’une autre, je poursuis le travail d’élaboration du récit de mon aventure. Et surtout j'assume le travail de transformation du Verbe symbolique reçu, en langage assimilable afin de l’intégrer en profondeur, de le laisser agir en moi puis de tenter de l’exprimer.

J'expérimente le véritable sens de la « connaissance », être transformé par ce savoir jusqu’à renaître différent. Je comprends aussi le sens ancien du mot « sacré ». Il fait référence aux rites antiques de divination dans les entrailles, et c’est ce qui « prend aux tripes », ce qui se manifeste de façon authentique en agissant sur les niveaux les plus profonds de la conscience, sur l’inconscient et sur la chair, en fait sur l’intégralité de l’être. C’est aussi la fonction du symbole en tant que langage universel.

Selon mes guides, ce travail peut conduire vers l’Harmonie, antagoniste de l’Ennui d’après mon expérience dans la « Cité d’Harmonie ». Je prends enfin la mesure de ma tâche à l’heure où je suis si faible. Mon inconscient animé par des forces supérieures m'a fourni un superbe matériau que ma conscience doit maintenant métaboliser et ce, jusqu’à la limite de mes forces.

J'examine aussi l’hypothèse que ma maladie soit liée à ce que je viens de vivre pour Mandro. Peut-être est-ce une maladie initiatique, le moyen de vérifier mes structures, de me faire évoluer, changer de niveau ?

Lors d’un nouveau malaise alors que je crois mourir, le Maître suprême me rassure.

- En dépit des apparences, ta dernière heure n’est pas encore venue. Tu dois avoir confiance. Ton état est aussi un moyen de toucher d’autres personnes, d’agir d’une façon plus globale à travers toi.

Après ce malaise, je suis épuisée mais confiante et émerveillée par ce que je vis sur le plan intérieur. En même temps, je pleure sur mon impuissance physique m'imposant de renoncer aux activités professionnelles que j'aime tant. Je ne me vois pas vivre sans les exercer…

D’après mes songes, Mandro va prochainement rencontrer Georges qui doit l’informer de ma maladie. Tout en me demandant quel intérêt cela peut avoir pour lui, obéissante, je me soumets à cette nouvelle demande et en informe Georges. Respectueux de ce que je vis sur ce plan, il accepte sans faire de commentaire. Selon mon guide, je ne dois rien faire de concret de ma propre initiative et me laisser agir. Tout est dans le « plan » et il n’arrive que ce qui doit arriver aussi cruel que cela puisse paraître de prime abord !

 

4 

 

Mardi 22 Octobre 2002, jour de la fête des Elodie qui signifie « étranger riche ». Sainte Elodie née d’une mère chrétienne et d’un père sarrasin, mourut en martyr pour avoir choisi la foi chrétienne.

Lors d’un nouveau songe j’ai été assurée qu’il y a « encore une vie à vivre », ce sera long mais l’évolution sera « globalement » favorable. Si j'ai peine à y croire tellement je me sens mal, j'ai aussi appris que mes messages se vérifiaient parfois longtemps après.

Dès le lendemain je pense intensément à Mandro, je sens qu’il traverse une épreuve, il est toujours confronté aux mêmes choix. Que va-t-il choisir ? La banalité ou la voie ?

Je n’ai aucune fierté, aucune certitude, je suis toute petite, réduite à presque rien, j’ai besoin d’aide d’où qu’elle vienne. Pourtant, malgré le désir immense que j’ai de le voir, de l’entendre, je dois obéir strictement, car nos destins sont liés d’une manière profonde et ma guérison éventuelle dépend étroitement de mon adhésion à la voie indiquée.

Le soir même, confirmant de nouveau le lien subtil entre nous, Mandro téléphone sur un prétexte d’affaire. Mes « antennes » fonctionnent bien et dans le naufrage actuel de mes capacités physiques, c’est au moins une certitude. A mon avis, celles de Mandro fonctionnent aussi. En est-il conscient ? Ressent-il ce lien fraternel entre nous ? J'en doute, mais j'ai fait tant de sacrifices en son nom que parvenue au terme probable de ma vie, j'accepte sereinement d’être la seule « liée » puisque je suis probablement la seule à en être consciente.

L’entretien sur un ton neutre est très professionnel. 

- Comment allez-vous ? dit-il de façon purement formelle.

- Mal, dis-je d'une voix faible.

Et il enchaîne aussitôt. Mes guides m'ayant dit que l’information sur ma maladie doit venir de Georges, je n’insiste pas. Aussi, au bord du malaise, je lui demande calmement :

- Que puis-je faire pour vous ?

Puis pour conclure l'entretien je l’assure que je transmettrai sa question concernant des placements éventuels à Georges.

En raccrochant, je me demande si je ne rêve pas et je souris malgré mon mal-être, heureuse d’avoir reçu ce signe, d’avoir entendu sa voix. Si ma vie s’arrête là, je dis cependant merci pour tout, prête à partir avec le sentiment du devoir accompli jusqu’au bout. Si ma vie doit se poursuivre, je suis prête à me consacrer tout entière à la Mission révélée lors de cette étonnante histoire et confirmée pendant cette épreuve qui me fait frôler la mort. Pour lui, pour la mission confiée par rapport à lui, j'accepte mon destin tout en sachant que même s’il faisait le choix de la voie de la Connaissance qui lui a été proposée par mon intermédiaire, ce ne serait pas une partie de plaisir pour moi !

Épuisée après ce bref entretien avec Mandro, je somnole. J'ai d’abord des visions horribles. Heureusement elles passent très vite. Puis une spirale d’énergie m’emporte à grande vitesse. Soudain, je suis face à un petit personnage insignifiant qui se présente en tant que « maître du jeu » et me désigne un écran où j'apparais sous forme d’un petit point lumineux situé très loin de la Source de lumière. Il me dit avec ironie :      

- Tu n’y arriveras jamais.

Compte tenu de mon état actuel, cela me semble une évidence. Je n’ai d’ailleurs jamais eu cet objectif, d’autant que j'en ignorais même l’existence avant cette histoire. Je ne joue pas, je ne suis pas dans son jeu. Je me retrouve alors dans une salle voûtée où rayonne le Symbole. Tandis que je le contemple, il se disloque et disparaît dans une vive lumière. Je retourne à la Lumière dans sa simplicité divine, là où se tient la Vérité. J'y remarque une perle grise très brillante, la Perle, symbole de lumière.

Je me réveille avec cette idée : cette perle est « la lumière dans le crâne » et le jeu est comme un voyage dans le labyrinthe de mon cerveau jusqu’au « nœud » central. Il paraît que lorsque le chercheur, le quêteur a trouvé la perle, la tâche de sa vie est terminée. Suis-je parvenue au but, auquel cas en effet, il serait normal que ma vie s’arrête là ?

Des légendes disent que la perle naît par l’effet de l’éclair, symbole de la fécondation céleste dans une coquille. Elle représente un centre mystique, terme de l’évolution, perfection de la transmutation aboutie. Ma quête fait appel à la science du « cœur », au centre de l’être illuminé. Que dois-je comprendre ? Que m'est-il demandé à cette étape de ma vie ?

J'avais fait le don de ma vie, sachant que je pouvais la perdre en affrontant le danger couru par Mandro lors de ce voyage à Toulouse, tandis qu’il était un étranger pour moi. En fait pour racheter sa vie, j'ai d’abord donné mon cœur (il m'a fallu apprendre l’amour sans condition) puis mon esprit, au sens de ma raison, déjà en acceptant cette étrange communication avec Jil, l’esprit de son père décédé, puis mon intelligence pour comprendre les messages transmis en m’y investissant au maximum de mes capacités et ressources.

Enfin pour écarter le danger physique, concret, de Mandro, il fallait payer le prix du sang... avec mon âme. Je suis maintenant transformée par la reconnaissance de cette fraternité entre nos deux âmes, entre toutes les âmes et au-delà, par la rencontre du divin dans un amour indicible. Cependant je n’avais pas encore saisi toute l’ampleur du phénomène, j'espérais pouvoir passer à autre chose, sans me préoccuper davantage de l’homme dont j'estimais désormais être « débarrassée » puisque j'avais fait tout ce qui m'avait été demandé pour lui.

J'admets maintenant, terrassée par la maladie, que je ne serais peut-être jamais « débarrassée » de cette histoire, c’est semble-t-il l’histoire centrale de ma vie qui par ailleurs se termine là selon toute vraisemblance.

Autrefois, on croyait que celui qui paye le prix du sang pour racheter la vie d’un être était alors « responsable » de son âme (puisqu’elle lui appartenait). Quel est le prix de l’âme ? Est-ce mon cœur qui est demandé, non plus le cœur sentimental mais le cœur même de mon être sur l’axe corps, âme, esprit ?

A ce propos, je me souviens que méditer signifie selon l’étymologie « porter en son milieu », or ma maladie s’exprime en effet à ce niveau et en l’atteignant, mon cœur me dérobe l’usage de mon corps. Dans l’Arbre de vie de la Kabbale hébraïque, cette région correspond à Tipheret, autrement nommée Beauté, Harmonie, Amour, Cœur...

 

Mardi 29 Octobre 2002, fête des Narcisse construit sur « narkos » signifiant "sommeil." 

Je fais un « grand » rêve au cours duquel je vois le Symbole sous forme tridimensionnelle et j’entends « la clé c’est l’Amour ».  La Kabbale hébraïque me le confirme. Sous forme graphique, les lettres composant le mot « amour » en hébreu dessinent un cube parfait...

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Mardi 19 Novembre 2002, fête des Tanguy qui signifie « feu du chien ». Saint Tanguy au VI° siècle a tué sa sœur qui aurait déshonoré la famille. Il se repent, rentre dans les ordres et finit par fonder une abbaye.

Mon état ne s’améliore pas. Dimanche, Alicia m’a aidée à prendre conscience du sens possible de cette grave maladie. Je lui dis :

- Pour rester dans l’axe de cette aventure fantastique sur le plan spirituel (le seul qui importe pour moi actuellement), je ne demande pas à être ailleurs que là où je suis, je ne cherche pas à avoir plus que ce que j’ai. Mon défi actuel est de renoncer à plus de savoir, plus de progression spirituelle et ... dire MERCI.

- C’est une perspective d’évolution en attendant la guérison, commente Alicia.

- A ce propos, lui dis-je, j’ai fait un songe où je voyais mon cœur sous forme d’un cube métallique rouge. Il n’était pas placé dans l’axe juste corps-cœur-âme-esprit relié à l’infini. Mon problème serait toujours dû à la mauvaise tension dans le câble, le fil qui les réunit. Quand on dit comme une boutade que le chemin le plus long est entre la tête et le cœur, cela donne une idée du travail !

- Quel est le rapport avec ta mission ?

- Je dois maintenant laisser l’énergie circuler, accepter ce qui me vient du Très-Haut et ressentir son immense amour. Chacun de nous est libre et très aimé malgré les apparences parfois contraires (c’est le moins que l’on puisse dire pour moi en ce moment), chacun accomplit son destin et le message concernant la mère de Mandro l’évoquait déjà...

« Mon problème actuel est peut-être le moyen d’acquérir une capacité de lumière selon cette vocation de « femme-lumière » proposée par mes guides. C’est un ébranlement et une rectification des structures, un changement de régime et de fusible. La tension du câble doit maintenant s’ajuster pour supporter une nouvelle montée en puissance de l’énergie, une nouvelle progression de conscience.

Dès le lendemain Georges rencontre Mandro et l’informe de mon état. Je ne sais toujours pas en quoi c’est important pour lui, cependant Georges et moi avons obéi et cela seul m'importe.

 

Mercredi 27 Novembre 2002, fête des Séverine qui signifie « exigeante, rigoureuse ».

Mes examens médicaux se poursuivent, ils ont mis en évidence une hypothyroïdie débutante. J'en ai cherché le sens symbolique et malgré mes difficultés actuelles, j'en savoure le « sel ».

Je raconte à Alicia :

- Le jour de ma dernière rencontre avec Mandro, je devais lui parler de l’histoire de la pomme (sans bien sûr tout lui dévoiler). Selon son père, c’est une des clés permettant à Mandro d’entrer dans l’univers des symboles. Cependant les conditions imposées étaient si défavorables que j’ai abandonné en cours de route. J’avais apporté une pomme pour une « démonstration » concrète et puisqu’elle n’avait pas servi, je l’avais mangée. Elle m’est peut-être restée en travers de la gorge !

« Nous nous sommes rencontrés en face de la Maison d’Adam et la pomme raconte l’histoire de l’archétype de l’Homme, Adam. Or, la thyroïde (dont l’étymologie signifie « en forme de porte ») est en fait au niveau de la pomme d’Adam. C’est surréaliste ! Encore une porte passée avec de la casse, comme celle où je m’étais coincé les doigts parce que je n’avais pas compris l’importance du secret de la pomme.

- Quelle erreur aurais-tu commise lors de ce rendez-vous ? demande Alicia.

- J’ai renoncé à le convaincre ou du moins à lui expliquer. Sa liberté de refuser le message m’a paru plus importante que mon engagement à le lui transmettre. Pourtant, ne pas délivrer ce qui lui était destiné avec insistance par son père et mes guides représentait un danger potentiel dont j’étais bien consciente. A chaque fois que j’avais refusé d’obéir auparavant j’avais été malade. Était-ce en fait de la lâcheté de ma part ?

-  Excuse-moi, Estelle, j'essaie de comprendre. Quel est le lien avec la thyroïde ?

- La thyroïde se situe au niveau du centre d’énergie (ou chakra) de la gorge, centre d’expression de soi, elle reflète la façon dont nous nous situons dans le monde extérieur et notre capacité d’expression créatrice. Cette hypothyroïdie signe mon abandon face à l’impossibilité d’expression, puisque Mandro refusait de m’entendre. Du coup, ma flamme créatrice s’éteint, cédant la place à une attitude « d’à quoi bon ».

« J’ai en effet abandonné l’espoir de pouvoir parler de tout cela avec lui. Quant à l’évoquer par écrit, je ne l’envisageais pas non plus, je me disais que c’était peut-être dangereux d’exposer à cette connaissance quelqu’un qui ne l’aurait pas expressément demandé. Par ailleurs je ne voulais pas prendre le risque de m’exprimer à ce sujet de peur de trahir ce que j’ai reçu, de le dénaturer ou de lui faire perdre sa valeur.

« D’après certaines traditions, la thyroïde est la porte entre l’Unité transcendante et son déploiement dans la dimension humaine. Elle secrète l’iode, on peut entendre le Yod, lettre hébraïque exprimant le mystère divin. Dans la structure de l’arbre hébraïque des sephirot (qui sont en quelque sorte des centres d’énergie), symboliquement elle occupe la place de la séphira secrète Daath, la Connaissance.

- Que comptes-tu faire maintenant ? me demande Alicia.

- L’inverse ! Favoriser l’expression de ce que j’ai reçu. C’est d’ailleurs la demande de mes guides depuis plusieurs mois et ce que j’ai tant de mal à faire ! Je dois surtout y croire plus que tout, d’autant que j’ai trouvé des confirmations de la valeur de ce trésor symbolique dans plusieurs sources d’origine différentes. De nombreux humains ont perdu leur vie, leur fortune pour acquérir ce qui m’a été accordé sur la voie du Service et de l’Amour. Et ce n’est pas parce que Mandro ne s’y intéresse pas ou refuse de m’écouter que cela n’a pas de valeur !

 

Encore une fois, grâce à mon échange avec Alicia, j'y vois plus clair. Finalement ce nouveau passage de porte difficile ouvre sur un autre niveau de conscience. Dans un cauchemar, j’avais rencontré le Doute sous forme d’un monstre contenant un potentiel de lumière qui me poussait à avancer. Il faut croire que je n’ai pas su affronter dignement l’adversaire et relever le défi ! D’ailleurs Satan, « l’adversaire » selon l’étymologie d’origine en hébreu, permet à l’être qui y est confronté de révéler sa vraie dimension et serait d’après les anciens la capacité à douter de Yahvé, le Dieu judéo-chrétien. De même, dans la tradition persane, Ahriman, l’esprit du Mal, serait né d’une pensée de doute du dieu de lumière Ormuzd.

 

28 janvier 2022

2002, Chapitres 1 et 2, Tome 2

2002

 

1

  

Jeudi 17 Janvier 2002

Je viens de vivre un moment incroyable ! Dès que possible, je téléphone à Alicia et après une conversation banale, je lui raconte ma dernière surprise :

- Tu sais, il y a quelques mois quand j’avais accepté, après la « libération » du père de Mandro, de continuer à intercéder pour lui selon les dernières recommandations de mes guides, j’avais demandé une faveur. Je souhaitais être prévenue d’une manière ou d’une autre de l’évolution de l’état de santé de sa mère. J’avais en effet un mauvais pressentiment depuis quelques mois, cela m’avait même poussée à prendre de ses nouvelles fin novembre. Objectivement son état était stable et d’après mes guides, je ne pouvais rien faire pour elle, ils ne m’avaient d’ailleurs rien donné de nouveau à lui transmettre.

- Tu veux dire un message pour elle ? me demande Alicia.

- J’avais en effet reçu un message énigmatique concernant son état de santé. Je devais passer par Mandro et ne pas chercher à le lui donner directement. A l’époque j’avais l’impression que seul Mandro intéressait son père. Et ces derniers jours, le lien avec lui était activé, mais il ne me procurait pas un sentiment de plénitude, plutôt une vague tristesse. Or dans le cadre de mon travail, je suis passé voir un couple connaissant bien la famille de Mandro. Ils avaient assisté à l’enterrement de sa maman la veille et il a bien un petit garçon dont la maman a un prénom qui signifie « reine ». Je n’ai pas demandé le prénom de l’enfant.

Une fois passé le choc de la nouvelle, je constate une fois de plus la justesse de mes songes et communications. Et puis, parce que je n’ai plus une vision désespérante de la mort, je suis contente que sa maman ait eu le plaisir de le voir fonder une famille à son tour avant de partir pour l’Autre Monde, c’était très important pour elle selon Jil. J’ai terriblement envie de prendre contact avec Mandro pour lui offrir mes condoléances, l’aider à surmonter ce deuil, cependant je ne veux pas prendre d’initiative personnelle mal venue, je vais d’abord prendre conseil de mes guides.

- Dis-moi Estelle, dit Alicia d’un ton grave, cette histoire de « lien » ressenti comme un écho de la vie de Mandro m’intrigue. Je sais qu’il ne s’agit pas de ta part d’un amour banal possessif ou séducteur, tu sembles toujours guidée par quelque chose de supérieur qui t’a fait même parfois agir contre tes sentiments apparents, tes intuitions personnelles ou ton bon sens commun. Et Emmanuel me l’a confirmé. Pourtant votre relation semble maintenant terminée, d’autant que tu ne recherches pas le contact avec Mandro (tu refuses même de saisir cette ultime occasion). Lors de tes « interventions » précédentes concernant les personnes dont tu m’avais parlé, tu t'étais sentie « détachée » d’elles dès que le danger s’en était écarté et que tu avais accompli ta mission. Parviens-tu de même à te détacher de Mandro?

Je perçois son attente en tant qu’amie et son inquiétude de psychologue dans cette interrogation. Je réponds amusée :

- Bonne question, Alicia ! C’est ce que je souhaite, mais j’obéis… En tout cas, tu le sauras le moment venu.

 

Jeudi 24 Janvier 2002, fête de François qui signifie « homme libre » tout comme « français ».

Mes guides m'ont conseillé de ne pas me manifester non plus auprès de la famille de Mandro. Malgré mon désir de partager leur chagrin face à la perte de leur maman encore jeune mais déjà si durement éprouvée, j'ai docilement renoncé. Je prie en silence comme à mon habitude pour chacun d’entre eux et en particulier pour Mandro.

Je comprends maintenant la portée du message reçu pour cette femme. Il donnait sens aux terribles épreuves de sa vie et annonçait sa fin prochaine.

Je comprends aussi la sagesse de mes guides : aucun humain resté dans la vision ordinaire de la vie ne peut accepter un tel message. Seul Mandro, s’il avait acquis cette dimension aurait pu aider sa maman à progresser dans ce sens.

 

Samedi 23 Février 2002, fête des Lazare qui signifie « Dieu m’a aidé ». Saint Lazare au I° siècle est le frère de Marthe et Marie de Béthanie, disciples de Jésus. Lorsque Lazare meurt, Jésus le ressuscite.

Toute la journée d’hier j'ai entendu ce « lien qui chante » pour Mandro, sensation fabuleuse d’une vibration qui part du plexus solaire pour la relier à mon frère d’âme. J'avais demandé à en être délivrée, mais finalement je suis heureuse de le retrouver comme un geste de tendresse, un signe de fraternité.

Qui a besoin de l’autre ? Je l’ai vu en rêve si malheureux ! Ma certitude que nous soyons liés pour un objectif commun est claire, pourtant s’il venait aujourd’hui en me proposant de le suivre, je refuserais, ce n’est pas notre destin. Je l’aime en frère, de l’amour Agapé, celui qui donne tout ­— même ce qu’il croyait ne pas avoir — sans rien demander en retour, celui qui espère toujours même si cela paraît absurde. Cet amour me dépouille de mes certitudes préalables et me convie toujours plus profondément à la communion des âmes.

Et grâce à cette force m’unissant à l’autre, aux autres, au-delà des apparences, je renoue avec la racine énergétique érotique, donc vitale de ma vie. Est-ce que cela va améliorer ma santé? Selon mes guides, il faut aussi que je reprenne une fois de plus mon travail d’écriture apparemment inutile mais toujours « indispensable ». Hélas pour l’instant je n'y arrive pas.

Qu’importe. Aujourd’hui, je suis émerveillée puisqu’en adéquation avec mes sensations, Mandro a téléphoné et discuté avec Georges! Ainsi après avoir perçu le lien qui nous relie et l’avoir vainement cherché dans mon environnement (l’apercevoir aurait pourtant suffi à me combler), voilà qu’il nous a contacté. Cette correspondance entre mes sensations et la réalité me réconforte. Ce n’était pas une illusion, il a formé le projet de nous joindre et le lien s’est aussitôt réactivé. Cela m’étonne encore après tout ce que j'ai connu de sensations et de phénomènes étranges ou inexplicables.

Quoiqu’il m’en coûte, je suis condamnée au silence par la promesse que je lui ai faite, aussi j’ai résisté de toutes mes forces et je n’ai pas décroché sur un autre poste, ce qui m'aurait permis de me mêler à la conversation. Mon renoncement a été difficile, mais seule compte la mission.

Mais au fait, pourquoi nous a-t-il appelés ? Il a changé de travail, il a certes une grande conscience professionnelle, mais quel est son intérêt ? Quelle force l’a poussé à reprendre contact ? Est-ce la même qui a déclenché en moi la sensation du « lien » pourtant disparue depuis quelques temps ? Mystère manifesté dans les profondeurs de l’être et auquel nul ne peut apporter de réponse, pas même Mandro ! Je prie pour être guidée et reconnais ne rien savoir, n’être rien sans le Maître suprême auquel ma vie appartient. Je me soumets à ce qui me saisit et me porte, je ne sais où. Que l’inaccompli s’accomplisse.

Un peu plus tard, en repensant à cet épisode, une fois de plus sans l’avoir encore repéré, je me dis que j’ai probablement reçu un message par son intermédiaire lors de son dernier appel. Je laisse mon attention flotter. Que nous a-t-il donné comme information ? Que dois-je comprendre ?

Soudain, comme en état second je me souviens du nom de la société qui l’emploie maintenant. Quelques recherches rapides sur la valeur des lettres composant ce nouveau nom me mènent au résultat. Et son logo est sous le signe du six, signe du chemin de la « juste place » pour Mandro selon Jil. « Dans le nom à côté de son nom tu sauras...» avait dit son père. Cela se vérifierait encore?

Je perçois un tableau fantastique, bien que compliqué et hermétique pour le commun des mortels : l’Homme est langage, l’homme est Verbe et son devenir est son Nom. Je ressens cette vibration intime qui m’a sculptée, transformée en instrument apte à exprimer une des résonances de l’harmonie universelle. Est-ce ainsi que l’Homme entre dans la dimension du Verbe ?

Selon, entre autres, Annick de Souzenelle, la tradition hindoue parle du son primordial, le A U M enfermé dans la conque shanka. Celle-ci ressemble à l’oreille dans sa partie interne : la cochlée, elle-même associée au labyrinthe. A U M est chanté comme le son primordial et éternel selon des schémas de résonance à différents niveaux dans la boîte crânienne. La dernière vibration mobiliserait la partie la plus archaïque du cerveau, le rhinencéphale, favorisant l’éveil du Verbe divin dans l’Homme.

Les chinois désignent la tête comme l’ultime lieu d’évolution, là où l’Homme unifié rejoint le divin. Et cet être nouveau, « accouché » par la tête, est le Tao pour les Chinois, Pallas Athéna pour les grecs, Yahvé pour les hébreux.

J'en suis sûre, Mandro a choisi la bonne voie professionnelle, celle dont le message était : « connais la Loi ». L’autre voie « hors de Dieu » dans sa société liée à Toulouse l’exposait au danger qu’il avait évité juste à temps. Et à chacun sa Voie du Six. Lui pour son activité professionnelle, moi sur le plan spirituel, en route vers le Huit, l’Escarboucle mythique, l’étoile à huit rais des Templiers faite de la superposition des deux croix : + x ?

Tout me confirme la valeur de ce que j'ai reçu, de ce que j'ai vécu (livres, rencontres). J'ai beaucoup de gratitude envers Jil, sans qui je n’aurais jamais franchi le pas et pour mes guides qui m’ont protégée contre tous ces risques que je ne soupçonnais pas lors de mon engagement dans cette aventure. Je mesure aussi le chemin qui me reste encore à parcourir sur la voie spirituelle en me demandant si j'aurais les qualités nécessaires pour vivre les étapes de sa progression.

Mes recherches sur la Croix à double traverse de Lorraine via la Croix d’Anjou ramenée de Jérusalem me conduisent sur une piste solaire. En fait cette croix était connue dès la Préhistoire, elle aurait représenté le trajet du soleil au cours de l’année selon sa hauteur dans le ciel. La petite traverse symbolise le Solstice d’hiver, la grande symbolise le solstice d’été.

La croix de Lorraine serait la « clé dans la lumière », mais pour quelle serrure ?

 

Avril 2002

Georges a craqué ! Il en avait marre de me prêter son ordi, pourtant peu de temps et occasionnellement ! Il me laisse son portable et s’est acheté un modèle plus puissant. C’est un nouveau monde, celui d’internet, qui s’offre à moi et facilite mes recherches pour vérifier les informations que je reçois de mes guides. 

Malheureusement ma correspondance avec Emmanuel va s’espacer, il change de vie. Après son départ en retraite, le décès de sa femme malade depuis quelques années, il vend sa maison et cherche un refuge isolé propice à ses études personnelles. Il a fondé une association avec quelques amis pour retrouver les connaissances ancestrales, en particulier astronomiques, sous les récits des contes, légendes et mythes, occidentaux en priorité. Il ne veut plus s’occuper des affaires du monde, de l’actualité à laquelle il a pourtant consacré sa vie professionnelle. Depuis l’accident de Toulouse qui est pour lui un attentat, succédant à celui des Tours jumelles de New York en septembre 2001, il est écœuré. Il sait beaucoup de choses qu’il n’a pas le droit de dire, la France ayant fait le choix de considérer qu’il n’y a pas de « problème d’islamisme radical » sur son territoire.

Il pourrait écrire un livre pour révéler le dessous des cartes, mais d’autres le font ou le feront. Il a son propre « chemin » de vie et malgré son chagrin, son deuil récent, il me dit que pour lui aussi, « au-delà des apparences qui sont difficiles à vivre pour l’instant, les conditions de sa vie lui sont données » pour accomplir sa « mission ». Il se trahirait s’il ne le faisait pas. 

Je dois donc renoncer à ce compagnonnage si déterminant pour moi ces derniers temps. Il me recommande de poursuivre mon chemin, il a confiance en moi, j’ai aussi beaucoup de travail à accomplir pour bâtir un pont entre ce que je reçois et ce que je dois transmettre de façon plus compréhensible. A chacun notre voie, il se voit comme un Petit Poucet (une des étoiles de la Grande Ourse selon lui) semant des cailloux lumineux. Je dois moi aussi laisser des « traces de lumière » selon ce que je peux. Et il m’assure que je ne serai pas seule humainement sur ce chemin. Je dois travailler selon mes propres forces et un jour viendra « celui qui fera sortir la parole du puits »…

Serait-il branché lui aussi sur la dimension « au-delà de l’espace et du temps » ?

A la fin des congés de Printemps, je fais un nouveau stage de Reiki pour passer le troisième degré, les rituels sont de plus en plus puissants. Je ne peux pas dire que je me sente mieux pour autant. Je demande à Brigitte son avis sur mon évolution, sans vraiment lui parler de ma santé. Elle me dit qu’elle ressent juste de grandes capacités en moi et qu’elle me verrait bien enseigner à mon tour… Je la vois émue et je perçois son désir de filiation envers moi. Je ne dis rien, on verra bien.

 

2

  

Mai 2002

Une sorte d’inertie pesante me retient toujours de rédiger mon manuscrit. Je voudrais ne pas bouger afin de maintenir la merveilleuse harmonie à laquelle je suis parvenue. Lucidité ou lâcheté ?

Mon corps s’exprime : je suis toujours enrhumée. Tandis que je ne pleure plus grâce à la stabilité émotionnelle acquise depuis ma découverte de l’élément central du puzzle, mon « Symbole suprême », mon nez ressemble souvent à une fontaine. Qu’est-ce qui pleure au fond de moi ? Je pleure mon impuissance devant la tâche à accomplir, d’autant que je ne la comprends toujours pas clairement ? Je pleure mon échec à établir un véritable échange avec Mandro ?

J'ai beaucoup moins d’intuition qu’avant cette aventure bien que je me sente toujours soutenue, protégée dans ma vie quotidienne. Je n’ai plus de guide au sens directif du terme et je tourne en rond sur cette question : que dois-je faire ? Ne pas m’y attacher et ne rien dire comme j'en éprouve le désir ? Je me rends compte que c’est impossible, ce serait de la lâcheté et le reniement de ce qui m'a été confié ou de ce que je suis devenue en vivant ces expériences.

Dois-je m’atteler à l’écriture ? Cela devient en effet un impératif incontournable mais comment et pour qui, dans quel but et sous quelle forme ? Ma seule certitude à ce stade est que je ne dois pas m’adresser à Mandro en particulier.

 

Vendredi 31 mai 2002, jour de la Visitation, fête de la reconnaissance entre les deux mères enceintes ­­­— de Jean-Baptiste et Jésus — de leur destin divin.

A la suite d’une rencontre avec une personne témoignant de la place de la foi dans sa vie et son activité, je m’interroge sur la croyance en une présence divine à laquelle toute cette aventure m’a menée. J'ai effectivement trouvé le lien fondamental qui seul peut abolir la détresse de l’être confronté à son aspect de grain de sable prêt à être broyé à tout moment dans l’immensité d’un univers paraissant absurde et impitoyable. Suis-je reliée à « Dieu » ?

Pour moi, le « péché originel » de séparation déterminerait en nous une façon pervertie de voir le monde : si nous sommes « rien » selon notre croyance, notre ego ne pouvant le supporter, nous désirons par contraste l’absolu, c’est-à-dire devenir comme des dieux (c’était la proposition du serpent tentateur d’Adam et Ève) et surtout être maître de notre vie. Nous voulons être Dieu pour éviter de n’être qu’homme. C’est bien sûr voué à l’échec, ainsi nous sommes confrontés à la souffrance de constater notre impuissance et soumis à la peur de n’être jamais assez performants, beaux, jeunes, aimés... Nous nous trompons de « cible », ce qui est la véritable signification du mot péché.

Pour accepter notre faiblesse, notre nature propre, il nous faut être relié à l’Absolu, au Très-Haut. Seul l’Être suprême qui nous aime et nous accepte dans notre nature profonde tout en nous guidant vers lui, est le garant de notre capacité à accepter de n’être que ce que nous sommes et à accepter d’être en devenir jusqu’à notre dernier jour.

Notre idéal d’être parfait, autosuffisant et de ne dépendre de personne, est incompatible avec l’amour, du moins le véritable amour et non le désir amoureux d’appropriation de l’autre. Au contraire, découvrir notre juste place - reliée au divin formant l’axe vital au plus profond de nous - transforme profondément notre vision sur ce qui nous entoure et sur les événements de notre vie. Nous découvrons la mesure de l’Homme appelé à se réaliser en suivant la juste voie de sa vie humble et vraie (et non les raccourcis trompeurs proposés par le tentateur, le « diviseur » selon le véritable sens du mot « diable »).

La tentation de viser à l’absolu sans contestation possible contamine toutes les activités humaines et même les plus nobles d’entre elles. Ainsi le savoir scientifique dans son obsédante prétention à l’objectivité se coupe de l’immense potentialité non rationnelle de l’humain. A en croire justement les scientifiques, nous n’utilisons que dix pour cent de notre cerveau. C’est vrai si nous nous contentons de nos facultés rationnelles, objectives, logiques. Mais pourquoi notre société valorise-t-elle ces maigres capacités et dénigre-t-elle l’utilisation des autres pourtant indispensables pour donner sens à notre vie ?

C’est aussi à chacun de faire le choix d’utiliser cette seule petite portion « sécurisante » selon les normes de la civilisation occidentale ou de s’aventurer sur le reste du territoire. C’est-à-dire oser sortir des sentiers battus et s’exposer personnellement en suivant la voie unique de son propre destin.

Plus nous nous engageons personnellement dans l’aventure de notre vie aussi peu exaltante soit-elle apparemment et ce, en nous mettant à l’écoute des sentiments les plus authentiques qui se manifestent au plus profond de nous (nous reliant alors à la dimension divine), plus nous sommes en phase avec la vie elle-même et avec l’autre en face de nous, plus nous sommes dans l’Amour. Ce processus favorise l’accomplissement d’une sexualité au sens total et sacré du terme, dans toutes les structures de l’être.

C’est plus facile à dire qu’à faire et cela demande une discipline, une confiance en l’orientation de nos vies dirigées sur et par le divin transcendant, (orientation signifiant littéralement se tourner vers l’orient, le soleil levant). D’autant que toujours absorbée par mes contraintes professionnelles et familiales, je ne parviens pas à faire de cette tâche, l'écriture de cette histoire, la priorité absolue de ma vie…

 

Jeudi 13 Juin 2002, jour de la Saint Antoine, homme riche devenu ermite et créateur du premier monastère (ou Laure rassemblant plusieurs ermites). Sa croix est le Tau (dernière lettre hébraïque, comme l’est l’oméga grec).

Selon la Lore ou Lorre (connaissance traditionnelle), deux Tau représentent un dolmen ou un temple, trois Tau symbolisent le Temple de Jérusalem.

Tandis que j'anime une formation, je perds les clés de mon bureau dans les toilettes. C’est un choc qui me fait prendre conscience de l’étape actuelle de mon évolution. La clé de mon travail spirituel est dans les bas-fonds ! Heureusement, l’eau est propre et la cuvette bien entretenue facilite la récupération ! Merci Saint Antoine de Padoue ! Je ne m’en tirerai pas avec de hautes considérations spirituelles ou philosophiques. Je dois aller chercher dans la matière de mon histoire, de ma vie.

Toujours enrhumée, je suis de plus en plus fatiguée ces derniers mois. Depuis la veille, j'ai mal à la gorge. Qu’est-ce qui ne veut pas passer ? Qu’est-ce qui bloque ? Quelque chose à avaler ou à sortir ? Je sens bien qu’après avoir lutté pour que cette histoire s’arrête parce qu’elle me décape douloureusement en me confrontant à des limites sans cesse repoussées, puis après m'être abandonnée à son tourbillon si puissant et m’en être réjouie compte tenu de ce que tout cela m'a apporté, je dois maintenant comme me le recommande le Maître suprême faire l’effort de la porter à son juste niveau.

Ma vie en dépend, je dois assumer pleinement en renonçant à juger selon des critères rationnels normatifs étouffants. Je dois continuer à suivre la courbe dynamique de mon évolution et faire ce qui doit être fait sans rien en attendre pour moi, ni reconnaissance ni même compréhension.

Je sais trop bien que si, sans l’avoir vécue moi-même, quelqu’un m'avait raconté une semblable histoire, je ne l’aurais pas cru. Nos références et valeurs collectives actuelles nous coupent de ce qui pourrait nous permettre de devenir des êtres réalisés, « entiers ». Heureusement des personnes courageuses ou surtout appartenant à d’autres traditions ont témoigné par leurs expériences de cette possibilité.

Je dois redescendre au fond des choses, retourner au « charbon », la clé est dans la mine, dans ce qui m'apparaît peut-être obscur, vil et sans intérêt en ce moment, mais recèle pourtant la vérité, ma vérité.

J'ai commencé à souffrir de la gorge quand ayant vainement essayé de reprendre le fil de mon récit, j'y avais renoncé jugeant que cela n’avait plus aucun intérêt pour personne y compris pour moi-même. Je me rends compte que cette attitude est fausse, je dois m’engager à fond dans ce travail aussi pénible soit-il.  Je n’ai pas d’autre choix, je le sais, je le sens. Et pourtant comment faire en pratique ?

 

Samedi 29 Juin 2002, fête des Pierre et Paul, qui signifie « rocher » pour l’un et « humble » pour l’autre. Ce sont les fondateurs de l’Église, en particulier de l’Eglise de Rome pour Pierre et du Christianisme pour Paul qui avait pourtant été l’ennemi de Jésus avant sa vision décisive sur le chemin de Damas. Pierre détient les « Clés du ciel et de la terre » et selon la Lore ou Lorre, il a repris les fonctions de Janus dans son rôle astronomique de « gardien des portes des solstices » et son rôle symbolique de « lier et délier ». Selon Plutarque une étoile est appelée Janus et elle se situe dans le voisinage d’Arcturus, aux pieds de la Vierge.

Lors de la dernière séance de Reiki de la saison, je ressens une énergie puissante qui passe à travers moi et je l’imagine liée à ce que j’appelle mon « géant Reiki » présent à mes côtés. Je suis très troublée lorsque Sylvie à la fin vient me voir pour me dire qu’elle a effectivement visualisé un géant lorsque j’ai posé mes mains sur elle lors d’un exercice ! De toute façon nous n’avons pas le temps d’en discuter. Brigitte requiert notre attention pour nous annoncer qu’elle part s’installer, avec Yvon, dans le Sud. Un changement radical de vie s’annonce pour eux et je m’en réjouis. Cependant elle va continuer à assurer les séances mensuelles l’année prochaine avant de trouver quelqu’un qui puisse la remplacer. Elle cherche alors mon regard, mais je sais au fond de moi que je ne serai pas cette personne.

  

Début Juillet 2002

Ma vie est bousculée, surchargée malgré ma fatigue. Je n’ai plus de temps pour moi et je pense très peu à Mandro, ce que je constate avec un certain plaisir. Je continue pourtant à lui réserver des moments de prière, pour être fidèle à mes guides et à mes propres engagements.

Un soir, lors d’un moment très agréable en famille, j'ai soudain une pensée insistante le concernant. Un instant je crois même voir sa voiture garée devant chez nous, c’est une illusion qui me bouleverse mais j'essaie de l’oublier. Georges est en grande forme, il s’efforce de rester mince et sportif. Nous nous entendons mieux que jamais, nous rions beaucoup ensemble et nous nous aimons tendrement. Or, lors du dîner, Georges m'annonce qu’il a vu Mandro et celui-ci pense nous proposer des affaires en rapport avec son nouvel emploi salarié.

Je suis stupéfaite comme à chaque fois que cette résonance quasi physique des pensées de Mandro s’exprime en moi. Que faire ? Que dire ? Je lui ai promis de ne pas me manifester. Cependant si lui reprend contact ? Comme toujours je dois accepter, être disponible, à l’écoute pour le laisser décider par lui-même et à son rythme.

Je suis si différente maintenant de celle qu’il a emmenée à Toulouse, je ne me reconnais plus. En tout cas, je suis fermement décidée, à poursuivre la Mission, avec ou sans lui tout en me souvenant de ce que je lui dois et de cette énigmatique sentence de son père : « S’il n’est pas le premier, il ne sera pas le suivant !».

 

Mercredi 23 Juillet 2002, fête des Brigitte qui signifie « élevée » ou « forte », mais aussi fête d’Ezéchiel, ce prophète de l’Ancien Testament qui a eu une vision du Char de Yahvé, devenu l’élément central de la mystique hébraïque.

Ma vie est plus calme pendant l’été, les enfants sont en vacances ou en stage, Georges travaille, mais prend davantage le temps de vivre puisqu’il n’a plus de cours. Nadège ayant réussi sa première année de droit, elle désire continuer, il sait donc qu’il n’aura plus la possibilité d’enseigner comme il le désirait. Dans ce contexte il envisage de mettre fin à ses propres études et de renoncer à préparer une thèse qui ne lui servira pas. Il en profite pour refaire du sport et comme il ne fait pas les choses à moitié, il en fait de plus en plus !

Je suis dans ma deuxième semaine de congés sans lui, la semaine prochaine il sera lui aussi en vacances. Nous passerons deux jours chez ses parents et nous reviendrons avec les enfants qui sont en bord de mer. En attendant, je passe du temps au jardin, je me balade un peu et surtout je poursuis mes recherches avec bonheur.

Pour l’homme traditionnel, tout geste, tout acte matériel ou de construction humaine se réfère à un modèle divin, céleste. Ce modèle est le Cosmos au sens littéral d’ordre de l’univers selon ce que l’homme en perçoit et en comprend. Dans cette conception, tout est sacré et l’homme est impliqué dans sa globalité en tant que créature et sujet d’une part, en tant que participant et acteur d’autre part de la Création.

L’observation du ciel fournit le modèle commun à toutes les civilisations sous des représentations différentes. Comprendre ce modèle en soi, (naître avec) en tant qu’humain face à l’Univers est la Voie de la Connaissance basée sur le savoir le plus abouti, mais aussi répond aux questions existentielles les plus intimes : « d’où je viens ? qui suis-je ? et où vais-je ? ». Cette quête est donc fondamentale pour l’homme de toute époque, et chaque civilisation s’est construite sur elle.

Grâce à l'archéoastronomie, nous savons que sur notre territoire, les lieux de culte de la préhistoire, puis romains étaient précisément orientés en fonction des astres. Leur répartition pourrait donc répondre à une logique en rapport avec un modèle cosmique et solaire, une forme de « grille ».

Les cultes païens dont les aspects étaient les plus gênants pour l’église étaient les rites associant la mort, la royauté, la sexualité et la « résurrection » ou renaissance selon les attributions divines de la déesse représentée par la planète Vénus. L’implantation même des lieux de culte répondait à cette conception. Ces lieux ont été christianisés par la suite pour la plupart et la connaissance antique des règles d’orientation a été adaptée pour l’implantation des nouveaux bâtiments chrétiens en particulier après les croisades.

Le symbole de Vénus était le pentagramme, il en découlait une géométrie sacrée basée sur le Nombre d’or et l’élaboration d’une grille harmonique permettant de tracer des formes, dont on sait qu’elle était utilisée par exemple par Villard de Honnecourt, le Maître d’œuvre du XIII° siècle. Mais si la géométrie du pentagone était fondamentale en particulier en architecture, pour l’Église il n’était pas possible de revendiquer ce modèle. Les mêmes concepts fondamentaux restaient pourtant un impératif : mettre en harmonie le monde terrestre et les activités humaines avec les lois divines du cosmos.

Le mouvement vers la Terre Sainte a permis une réactivation des connaissances diffusées par les Arabes et conservées par Constantinople (ex-Byzance, capitale de l’Empire Byzantin qui fut le seul à conserver ses rites et ses documents après l’effondrement au V° siècle de l’Empire Romain d’Occident). En même temps des moyens matériels considérables ont été mobilisés pour servir ce projet inouï de couvrir en quelques siècles l’Europe d’un « manteau d’églises ».

Le symbole adopté par l’église est le Chrisme tracé en général avec un X et un axe central marqué d’une boucle : le Rho en grec. Parfois un alpha et un omega le complètent. C’est une sorte d’hexagramme et la forme adoptée par l’Église pour christianiser le territoire par l’implantation de nouveaux lieux de cultes après avoir récupéré ou détruit les anciens.

La grille du pentagone aurait donc été transformée en grille d’hexagone. Or la Croix à double traverse permet de résoudre cette énigme géométrique avec deux croix : + et x!

(Voir dessin en Annexe Tome 2) 

http://tresordeslaures.canalblog.com/archives/2020/01/11/37933185.html

Je comprends le pentagone des points particuliers sur Angers comme un repère des levers et couchers remarquables lors des solstices et équinoxes. Je n’ai pas alors les moyens d’aller plus loin dans l’exploration des grilles pentagonale ou hexagonale. Mais Georges intrigué par mes dessins sur les cartes de la région me montre un livre de photos aériennes révélant effectivement une sorte de « grille » orientée sur le territoire. Cadeau du ciel!

Enfin je découvre qu’autrefois huit fêtes annuelles celtes marquaient des moments remarquables sur le plan astronomique (lune et soleil). Que de pistes à explorer…

 

Août 2002

Les vacances d’été ont été calmes et m’ont permis de me reposer, cependant la reprise du travail est difficile, les conditions se sont dégradées et je dois faire face à une lourde charge. Je m’épuise rapidement, je perds mon courage et mon optimisme habituellement affiché devant mon équipe, même si je continue vaillamment à assumer. Je m’efforce malgré tout de garder le cap en attendant des jours meilleurs. Heureusement ma vie intérieure est d’une grande richesse et m’aide à supporter le quotidien. D’autant que mes « intuitions » sont toujours performantes et facilitent énormément mon travail.

 

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27 janvier 2022

2001, Chapitres 7 et 8, Tome 2

7

 

Novembre 2001

C'est étrangement en novembre 2001, à ce moment critique, à ce tournant de l'histoire que je crois finie à vrai dire, que je découvre dans la tradition occidentale du Moyen Age restituée par René Nelli, l’amour chanté par les troubadours avant qu’il ne soit totalement déconsidéré par l’Église puis oublié. A un moment, je suspends ma lecture et laisse vagabonder mon imagination.

Au temps jadis, j'étais mariée à un homme respectable, mais mon cœur appartenait à mon amant de cœur. En résonance télépathique avec lui, je ressentais une intense communion entre nous, mes pensées me transportaient toujours vers lui pour un partage de l’existence qu’il menait au loin. Mon plus cher désir était d’être arrachée à ma propre vie afin de lui être unie plus étroitement que par l’union de nos corps : devenir une seule âme.

A cette époque, on croyait que l’amour d’une dame créait une aura magique protectrice pour son ami exposé au danger loin d’elle. Il le rendait plus fort, valeureux et sage, et en cas d’issue funeste, il adoucissait sa fin. Cet amour lui procurait le joy (ou joi ou jau ou gau) qui selon les troubadours occitans était ressenti comme une énergie vitale, jubilatoire. Cette énergie, capable d’agir sur la réalité en créant, en favorisant l’existant ou en détruisant le néfaste, paraissait magique. Elle était considérée comme un élixir de jeunesse, une source de jouvence, de force et de santé pour l’âme et pour le corps.

En effet, le désir peut transformer le cœur en écrin précieux accueillant l’aimé(e) désiré(e). Ce sentiment exaltant comble l’amant de plénitude et l’élève à de nobles sentiments conduisant aux plus hautes vertus.

Dans l'histoire que j'imagine, mon sentiment d’amour pour mon aimé m'était plus précieux que l’or, plus précieux que ma liberté, ma vie même. Je cultivais cet influx bénéfique, accueillait le joi ou jau pour le lui transmettre, m’efforçais d’en être digne pour être digne de lui. Nos rencontres se vivaient dans l’intensité des regards témoignant de l’échange de nos cœurs sans que nos corps entravés par nos conditions sociales réciproques ne puissent librement l’exprimer.

Lui repartait plus noble de cœur à chaque fois et se disait à mon service. Dans ma solitude, j'apprenais alors la patience, la prudence, la maîtrise des sens et la vigilance pour nous garder des médisances et des pièges de la chair.

Puis un jour, l’Amour me prenait tout entière, devenant mon maître absolu. Nous étions les célébrants d’une force magique, conduits dans un autre espace-temps, à la source de cette fondamentale pulsation capable d’élever tous nos sens au paroxysme de l’extase pour unir nos âmes.

Dans l’union de nos deux êtres élevés vers le divin, chacun devenait dépositaire du cœur de l’autre jusqu’à la mort. Par amour, nous étions frère et sœur d’âme, sans limites de temps ou d’espace nous séparant. Nos sentiments réciproques nous guidaient aussi vers Dieu, élevaient nos esprits dans la connaissance émerveillée de son Amour et ouvraient nos cœurs pour les relier aux autres.

Je vivais cette qualité d’amour extrême qui de la séduction par l’aimé conduit à Dieu et mène de l’amour pour la créature à l’amour de la Création. Je devenais capable d’aimer chacun comme si j'en aimais un seul. En aimant ainsi, je découvrais dans le même temps l’amour pour moi-même, lié à l’amour de Dieu. Et tout en souhaitant mourir (d’amour) pour lui s’il le fallait, la joie et l’espérance habitaient le plus souvent mes pensées centrées sur lui.

 

A l’issue de cette délicieuse rêverie qui m'a transportée dans une époque où les sentiments étaient bien différents de la norme aujourd’hui, je pense à ma propre histoire. Et si la quête du Graal explicitée à cette même époque vers le XI°, XII° siècle, était entre autres celle du Joi, joie d’amour conduisant de l’aimé à Dieu grâce à la Connaissance dont Il nous fait privilège en cours de route ? Cette qualité d’amour procure la Paix, la plénitude intérieure, trésor incomparable de l’âme accordé à qui y soumet sa vie, grâce à l’harmonisation transcendante des désirs et des sens. N’est-ce pas ce que les hommes ont toujours cherché et cherchent encore même à notre époque technologique et matérialiste ?

Dans ce contexte, le Graal paraît situé au lieu de réunion de toutes les différences ou dissonances, dans une synthèse qui conduit l’être à vivre en harmonie avec la Nature, les autres hommes et lui-même selon l’Amour divin. La Voie, (la Lore ou Lorre) comme l’attestent les traditions antiques est la connaissance de soi-même par la confrontation à la réalité, par l’expérience intérieure profonde, formatrice. Sur cette voie, l’être fait face à un défi personnel : lui seul possède ce qui est nécessaire pour le relever et lui seul peut l’assumer. Cela le confronte à une inévitable solitude mais l’appelle aussi à découvrir l’interdépendance universelle.

Même si cela entraîne le plus souvent hors des normes et des valeurs de la société, suivre jusqu’à son terme ce parcours parfois difficile ou douloureux permet d’accomplir sa propre tâche d’individu : devenir un être réalisé selon son propre potentiel d’accomplissement. S’en écarter, l’oublier en cours de route pour chercher la facilité proposée par les modèles de l’époque ou un raccourci par des voies extérieures est une faute contre l’être lui-même.

L’Amour est un guide et un moteur puissant sur cette voie, on se met en route parce que l’amour donne la force de quitter les sentiers balisés par les conventions sociales. Et c’est bien sûr au risque de l’erreur ou de l’errance selon ces mêmes conventions puisque dès lors l’important, la valeur absolue, devient l’Amour.

 

Ce qui m'incombe à présent est de me laisser transformer complètement par l’Amour en poursuivant la Voie puisque c’est par ce que je suis, ce que je deviens, que je peux agir. Je dois accepter encore et toujours d’être l’instrument du destin, de l’Amour au-delà de toute raison, bon sens ou morale apparents. Et je dois écrire, car c’est dans un premier temps le moyen d’intérioriser puis de me réaliser personnellement en fonction de ce qui m'a été confié.

Pourtant une contradiction me confronte encore au doute et me complique la tâche : ce travail, nécessaire en tant « qu’œuvre » de ma vie, qui me construit au fur et à mesure de son élaboration est cependant inutile s’il reste uniquement de l’ordre du savoir. Dans le même temps, en dépit de la difficulté de cette tâche, refuser de témoigner serait trahir le don fabuleux de cette expérience fantastique.

Ce serait aussi trahir Mandro comme tout au long de notre histoire découverte au travers de mes expériences de vies antérieures. Ce serait surtout trahir le véritable Amour, la Voie sur laquelle je me suis engagée, la Mission justifiant ma vie actuelle, que j'ai acceptée, voire choisie semble-t-il, dans une autre vie.

Ma tâche est de vivre pleinement, en assumant ce qui se présente et m'est demandé, que ce soit exaltant ou difficile. Sur cette voie, il n’y a pas de bénéfice à attendre pour soi-même, sinon peut-être la connaissance de la vérité concernant le symbole suprême dont j'entrevois maintenant la splendeur. Cette connaissance est elle-même un moyen. Ce qui est en jeu, c’est la Mission puisque le savoir lié à la curiosité (réputée être un vilain défaut !) est illusoire et sans réelle valeur, du moins sur le plan spirituel.

La connaissance authentique liée à l’amour vrai, la compassion éprouvée pour un autre dans un esprit de service, conduit à la transcendance. Cela oblige à renoncer aux illusions de la vie mondaine habituelle, pour suivre la règle de la prière, de l’humilité et de l’obéissance à la Voie dans l’exigeante solitude de l’esprit. Ce n’est pas pour autant oublier les autres ou s’extraire de la communauté des humains, au contraire ! L’amour ressenti au départ pour un être s’étend finalement à tous les êtres et permet d’entrer en communion avec l’humain dans ce qu’il a de plus fondamental.

 

Au lieu où se tient le Graal disaient les Anciens selon Pierre Gallais, il est possible d’opérer la jonction entre l’homme et le divin, entre la matière et l’esprit. C’est le lieu privilégié d’un contact dans lequel l’humain n’aurait pas à renoncer à sa nature. Le château du Graal serait aussi réel sur le plan spirituel qu’un endroit matériel bien qu’il soit hors du temps et de l’espace. Seul celui qui est prêt à le voir le trouve, c’est une grâce, un don divin.

D’après un mythe iranien, Dieu a créé une Perle et dans cette légende de la perle comme dans celle du Graal on retrouve des détails comparables, en particulier les cinq aspects ou visions de Dieu. Ces cinq aspects se résorbent dans la perle avant qu’elle-même ne se fonde en Dieu. Cette perle ne peut être découverte par l’usage de la raison mais bien en suivant la voie du cœur. L’être y est dépouillé de ses certitudes et illusions, le plus souvent au prix de souffrances liées aux épreuves destinées à le faire progresser ou parfois chuter selon ses capacités d’évolution.

La perle émerge au lieu de rencontre des deux opposés de la conscience humaine : la dimension divine transcendante venant d’en haut et la dimension des profondeurs obscures, de ses propres enfers. Elle symbolise le monde du sacré, le monde de l’âme et permet d’accéder au niveau où la conscience perçoit alors que l’existence est œuvre divine, que la création est sanctifiée. C’est cette connaissance, cette lumière, cette perle qui refonde l’homme dans sa totalité, le comble de plénitude, d’une joie et d’une Paix indicible.

 

Lorsque je redescends trop dans le rationnel, le raisonnable, je connais la torture de la culpabilité. En revanche, lorsque je m’élève trop vers le céleste, le transcendant, tout me semble indécent au regard de l’amour divin. Je dois donc trouver la voie du juste milieu pour accéder de façon permanente à ce lieu (ou ce symbole) permettant l’union des contraires.

C’est aussi la position médiane entre rationalité sclérosante et tentation magique ou superstitieuse, ces deux abîmes auxquels toute conscience humaine en quête authentique d’elle-même est confrontée inévitablement, comme à toutes les époques d’ailleurs puisque ces trois « voies » représentent finalement les trois dimensions possibles du cerveau humain.

Mandro m'apparaît tel un miroir où je contemple le divin. Grâce à notre rencontre concrète et à l’émotion suscitée par l’intermédiaire des sens, l’amour nous transforme en miroir l’un pour l’autre et en miroirs du divin l’un par l’autre, (du moins selon mon expérience personnelle puisque Mandro semble l’avoir refusée). L’amour éprouvé pour un être selon toutes ses dimensions, de la plus charnelle jusqu’à la plus spirituelle serait un passage vers la connaissance de soi, du monde et du divin.

miroir-de-l'amour

La beauté, la grâce de l’être aimé suscite l’amour, et cette expérience vécue dans sa globalité et sa justesse mène réellement à l’Amour divin, (car « Dieu est Amour»). Dieu serait l’amour, y compris dans sa composante érotique, de nombreux mystiques de toutes religions en ont témoigné. Éros serait une composante divine fondamentale préparant l’individu à évoluer par la transformation de son énergie psychique.

Est-ce le secret perdu par l’Occident au fil du temps ? Ce secret a été vécu entre autres par les ermites dans ces premières cellules dont le regroupement composait les laures. Le mot « laure » évoque par ailleurs selon le grec « laura », le rocher. La pierre aux temps archaïques symbolisait aussi un dieu ou déesse, et le labyrinthe aurait alors représenté « le palais du rocher », lieu mythique de rencontre-connaissance avec soi-même, l'autre et le dieu. Ce secret a été étouffé entre une logique exclusive qui mène à une démarche scientifique asséchant les sources vives de cette connaissance et un rigorisme frileux voire castrateur d’une église qui, jalouse de ses prétentions spirituelles, s’est enfermée dans un dogme stérilisant.

Les troubadours le savaient. Pour eux, la beauté de l’aimé(e) conduisait à la révélation du Joi, de la joie et entraînait l’amant sur le chemin d’une quête paradoxalement solitaire, loin de l’aimé(e). L’objet de cette quête n’était pas tant l’autre, l’être aimé à l’origine de ce cheminement, mais plutôt la connaissance de soi jusqu’à la possession de ce Joi ou joie éprouvée lorsqu’on est enfin soi-même face au Soi ou manifestation de la transcendance divine.

 

Pour moi, la rencontre avec l’aimé m’a aidée à sortir de mon petit moi enfermé dans les conventions et à partir vers cette autre dimension de l’être, née de l’union de l’homme et du divin. L’aimé tend le miroir où je peux contempler ma véritable image et contempler Dieu. Ce serait faire fausse route que d’aimer le miroir pour lui-même, je ne veux surtout pas m’attacher à une personne réelle. Cependant je prête attention à l’image du miroir de cet être qui a le pouvoir de me conduire vers le point focal divin.

Ma marge de manœuvre sur cette voie est étroite. Si je ne suis pas habitée par l’amour véritable pour l’ami, le frère de mon âme, rien ne pourra le remplacer et je n’aurais même plus accès à l’amour de Dieu. Ce que je suis, ce que je fais, ce que je deviens, ce que je réalise pour les autres dans cette société où je vis, c’est par cet amour.

Je n’ai pas été curieuse de cette connaissance offerte, je ne l’ai pas voulu pour moi, je l’ai reçue pour lui. Mais si à ce stade il n’en veut toujours pas, que dois-je en faire ? Ce qui n’est pas ressenti, expérimenté, compris en soi n’est d’aucune utilité puisque ce type de connaissance est celle de notre vraie nature, de notre véritable place et de notre destin. Les faits ne sont pas importants ou même révélateurs, c’est leur sens découvert au travers de l’expérience qu’ils nous procurent.

Même si j'avais le pouvoir de donner à Mandro directement la vision somptueuse à laquelle j'accède maintenant, ce serait inutile. Confronté à cette merveille indicible, s’il ne parcourait pas lui-même le chemin, il ne se sentirait probablement pas concerné. Le regard doit être éduqué à voir grâce aux étapes successives, adaptées à l’évolution de l’être et conçues comme un enseignement rigoureux.

C’est peut-être le même processus dans les parcours initiatiques : là où le profane voit des données sans intérêt ou ridicules, l’initié perçoit ce que l’élévation progressive de son niveau de conscience lui permet d’apprécier pleinement. En fin de compte, l’enjeu n’est pas tant l’existence de secrets inaccessibles que la nécessité d’une préparation longue et exigeante jusqu’au niveau de conscience requis afin de comprendre leur valeur.

Je suis au stade étrange où j'ai cette connaissance, la volonté de la servir, tout en étant seulement une femme ordinaire sans aucun pouvoir (c’est d’ailleurs ma sauvegarde d’après mes guides). Selon mon expérience, le pouvoir était réservé à Mandro (quel pouvoir ?). Lui seul, en acceptant de suivre cette voie, pouvait l’activer. Malgré tout, je dois continuer seule, sans rien attendre de concret de sa part, bien que du fait de mon engagement, je reste liée à lui.

  

8

  

Samedi 22 Décembre 2001, fête de Gratien qui signifie « grâce », remerciement.

Emmanuel est venu chez Alicia et a demandé à me voir. Georges est allé le chercher et les enfants pris par leurs activités nous ont laissé tranquilles. C’est un homme totalement chauve, grand, un peu corpulent d’environ soixante ans. Il m’embrasse spontanément et se dit heureux de me rencontrer. La réciproque est vraie. Dès que nous sommes seuls il tient à m’exposer le résultat de ses recherches. Il sort un ordinateur portable dernier cri de sa mallette — avantage de sa profession de journaliste — et un gros cahier.

- Si vous le voulez bien, nous allons nous tutoyer, ce sera plus simple.

- Pas de problème.

- Je te montre quelques photos du lieu où tes rêves de ruines sur une montagne au soleil levant pourraient s’être déroulés.

Il fait défiler une dizaine de photos qui ne m’évoquent rien quand soudain cela me semble évident. Je vois une sorte d’espace au sol irrégulier parsemé de roches et d’herbe, entouré de hauts murs.

- C’est là ! dis-je.

- Ouf ! Je commençais à douter de mon choix, répond Emmanuel. Je pense qu’il s’agit de Montségur. Et si c’est bien cela, les informations que tu as reçues sont étonnantes. Grâce à toi j’ai compris pourquoi c’est le « Mont du Salut » selon certaines croyances.

Il me montre un plan de bâtiment long, étroit avec des formes anguleuses et ouvre son cahier où figure une sorte de liste qu’il me commente.

- Je suis parti des informations suivantes :

Le cinq en rapport avec le huit.

Nous entrons dans le cinquième du huit.

L’important est la moitié sur le mur exposé à l’est.

Le milieu donne la moitié.

La Célébration de l’Amour dans l’Union du jour et de la nuit.

Le Pentagramme formé par Vénus tous les huit ans. Elle revient à son point de départ tous les quarante ans, soit cinq cycles de huit ans. Sa régularité en fait le « métronome du monde ».

« J’y ajoute la forme d’une petite plaque de plomb pentagonale un peu irrégulière dont on a trouvé plusieurs exemplaires à proximité de la forteresse. Compte tenu du moment où tu as eu cette donnée, le cinquième du huit peut correspondre au cinquième signe astrologique, le Lion, du mois Huit, c’est-à-dire effectivement Août. Et sur le plan astronomique le coucher de Denebola, l’étoile de la queue du Lion, survient vers la mi-juin aux environs du Solstice d’été. Or c’est le repère solaire le plus évident dans la construction, celui qui attire pas mal de personnes chaque année pour le voir dans les archères du « donjon ».

Emmanuel me désigne sur le plan à l’extrémité nord-ouest une forme rectangulaire percée de deux trous sur chaque face. Deux lignes parallèles les traversent, il note à côté « Solstice d’été ».

- Maintenant nous allons examiner cette idée : le milieu donne la moitié. Si je prends le milieu du plus long mur et que je trace sur ce point la ligne nord-sud, elle passe par l’angle le plus au sud. C’est satisfaisant en termes d’orientation. Ensuite j’ai considéré que le plan du bâtiment ne représente que la moitié d’un espace à priori pentagonal et je me suis alors servi de la forme de la plaque de plomb.

Il place ce pentagone au milieu du plan en alignant deux pointes sur la ligne nord-sud. La partie sud ressemble à celle de la forteresse. Il en trace alors la « moitié » nord en prolongeant les murs existants pour obtenir un pentagone comparable. Content de lui, il dit :

- Et voilà le résultat. J’ai maintenant les éléments essentiels pour établir une sorte de cadran solaire à partir des repères architecturaux du bâtiment, et valable pour cette latitude. Ceci dit tu peux faire de même avec n’importe quelle structure exposée au soleil, c’est le principe du gnomon. Et pour Montségur je sais que plein est, lors de l’équinoxe, le soleil se lève sur le Pic de Bugarach, c’est un autre repère fiable.

- D’accord, dis-je, mais l’important était la moitié sur le mur exposé à l’est.

- Tout à fait, répondit Emmanuel, cette ligne passe au sud-ouest près de la porte Sud et au nord au milieu du mur. Elle détermine le point du dernier angle nord-est du pentagone complété. Si tu regardes la ligne des solstices traversant le donjon, tu constates qu’elle est parallèle à la ligne joignant les angles nord-est des deux pentagones imbriqués de mon hypothèse, à la porte Sud. J’obtiens la croix des solstices traversée par la ligne des équinoxes. Tu remarqueras que cette figure ramenée à ses lignes minimales dans le pentagone forme un Y… Chacun des pentagones, le petit de plomb ou le grand construit sont un système de repères temporels valables pour cette latitude. Le petit pouvant se glisser dans la poche… (Voir Annexe Tome 2)

http://tresordeslaures.canalblog.com/archives/2020/01/11/37933185.html

- C’est très intéressant, dis-je poliment, mais à dire vrai je n’en perçois pas vraiment l’intérêt.

- Je comprends, répond Emmanuel patiemment, il faut se remettre dans les conditions d’autrefois, avant le temps des horloges. Le pouvoir est lié à la maîtrise du temps et à l’époque de « l’hérésie » Cathare, au XII°, XIII° siècle, en Europe c’est le christianisme qui gouverne le temps avec les cloches des églises et les fêtes religieuses. Il était donc important pour les « hérétiques » de disposer de leur propre système temporel en particulier pour leurs rituels. Et quant à toi, n’oublie pas que ton guide t’a fait sortir en pleine nuit pour voir un cheval dans le ciel ! Il faut « chevaucher Pégase ». D’autant que tu as manifestement de bons guides dans « l’autre dimension », celle de la Connaissance. Ils t’ont ouvert des mondes normalement inaccessibles et t’ont protégé du monde néfaste des « esprits » de bas étage ! Le cheval c’est la fameuse « cabale » sous son aspect ésotérique, l’accès à la Kabbale hébraïque… et tu as été conduite vers une des meilleures, Annick de Souzenelle !

Il me regarde intensément et je mesure avec gratitude ce parcours effectivement inouï. Il ajoute d’une voix douce.

- Alicia m’a dit que tu avais aussi reçu une formule en latin liée à cet endroit particulier.

- Oui, dis-je, mais je ne peux l’utiliser ni la transmettre telle quelle, elle est réservée à Mandro. Cependant j’en ai la traduction approchée. Je la connais par cœur, je te la note : Iris / maintenant / s’établit / plus grand (ou l’aîné) / non divisé(s) / contemplent (ou éprouvent) / la conjonction divine / élevée (ou haute) / désormais / paradisiaque / et vierge.

Il regarde attentivement et sourit :

- Je peux presque la deviner… et en effet ce n’est pas facile à comprendre. A mon avis elle a plusieurs niveaux d’interprétation. Tout comme le Pardès, évoqué par la référence paradisiaque dont on dit aussi bien dans les milieux chrétiens que juifs mystiques qu’il invite à quatre niveaux de lecture : littéral, allégorique, religieux ou moral et enfin secret ou ésotérique par la connaissance intérieure. Iris est la messagère des dieux et elle agit souvent par le biais des rêves ou des songes. Dans la légende, elle réside au ciel, se déplace sur l’arc-en-ciel ou dans les étoiles. Et à propos d’étoiles, localement on rapproche la forme de la forteresse du « Mont du Salut » de la constellation du Bouvier. De plus le seul chant attribué aux Cathares s’appelle le Chant du Bouvier avec un refrain sur les voyelles.

Je garde le silence, je me demande jusqu’où il va m’emmener. Il m’évalue du regard puis reprend.

- Je vois bien que c’est complexe pour toi, mais je pense que tu comprendras progressivement. Je poursuis. L’étoile principale du Bouvier est Arcturus, littéralement le Gardien (ouros) du Pôle Nord (arktos), devenu gardien de la Grande Ourse, Gardien du Ciel. Cette étoile est la troisième la plus brillante du ciel, la première étant Sirius qui sous nos latitudes n’est pas longtemps visible, la seconde est dans l’hémisphère austral ou sud. Arcturus est donc l’étoile principale de l’hémisphère boréal ou nord et autrefois elle était connue de tous comme repère nocturne lié à la Grande Ourse et à la constellation de la Vierge identifiée à la grande déesse mère (Isis, Astarté, Démeter, Cérès…). Chaque civilisation a un modèle du ciel, le cosmos, littéralement « l’ordre de l’univers ». Sur cette représentation se greffent les mythes, les croyances, les dieux de chaque culture. Arcturus est l’objet de nombreux mythes : Icarios adepte de Dionysos ; Arcas résidant en Arcadie, le séjour mythique paradisiaque des poètes ; mais aussi Atlas supportant l’axe du monde ; le Laboureur du ciel conduisant les « sept bœufs » romains ou « Septentrion », synonyme de nord. C’est aussi un laboureur dans le Chant du Bouvier, or en occitan "laboure"  se dit laura ! Sans compter que parfois en référence aux pratiques religieuses cathares on parle de Laure de Montségur.

J’ai un frisson à l’évocation de ce rapprochement, Laure, Laurent, Lorre ou Lore, toujours la même voie ? Je reste silencieuse et attentive. Emmanuel poursuit.

- Reprenons. Arcturus est le personnage central du ciel qui fait en sorte que tout soit en place et tourne bien, comme une Roue, un Moulin... Autrefois il s’étendait même aux deux ourses, alors nommées Arcturus major et Arcturus minor. Il était aussi appelé par les arabes, grands astronomes héritiers de la science antique, le Grand Hurleur ou Crieur. Ce titre signifie « annonceur » ou Héraut au sens du Moyen-Age. C’est ainsi que je comprends son Chant des Voyelles, les voyelles représentant les planètes déifiées.

Concentrée sur ses paroles, je suis un peu sceptique. Il ajoute :

- Tu sais, nous n’en sommes peut-être plus conscients, mais notre civilisation aux racines judéo-chrétiennes était aussi basée sur un modèle idéal du ciel considéré comme immuable et éternel. Dans cette représentation, sur une sorte de coque ronde, comme une coquille d’œuf autour de la Terre appelée la Sphère des fixes ( les étoiles ), se déplacent le Soleil, la Lune et les planètes (les errantes), en trajectoires bien définies. Malheureusement le phénomène de la précession des équinoxes dérègle le système sur des milliers d’années. D’où des décisions radicales pour tout recadrer, comme celle du calendrier grégorien qui retrancha dix jours et fixa de nouvelles règles au XVI° siècle. Auparavant les dates de l’église n’étaient pas toujours très fiables ! Or tu sais que la date de Pâques n’est pas fixe, chaque année elle est déterminée par l’Église comme étant le dimanche après la première pleine lune d’équinoxe. Par ailleurs le nom des jours de la semaine garde la trace de la dévotion aux planètes : Lundi pour Lune, Mardi pour Mars…

J’acquiesce silencieusement, il a raison. Notre lien avec le ciel est coupé dans nos vies occidentales modernes et confortables, mais il tenait une place centrale dans la vie de nos ancêtres. Emmanuel ajoute :

- Pour finir avec le Bouvier, je dois te parler de la Rune Othal ou Odal, de l’alphabet runique scandinave. Elle correspond à cette constellation, c’est la Rune de l’héritage, du lien avec les Ancêtres et le monde des esprits. On dit qu’elle a une forme « d’enclos », comme le Bouvier. Le système runique donne aussi accès à une autre forme de connaissance. Tu vois qu’à partir d’une même configuration céleste, sont déclinées de nombreuses histoires culturelles reposant sur une représentation cosmique globale. Et plus proche de nos mythes occidentaux tu regarderas attentivement l’Hexagone d’hiver.

Je lui demande ce que c’est mais avec un sourire malicieux il dit simplement « demande à tes guides » juste au moment où Alicia arrive.  Je remercie chaleureusement Emmanuel qui repart avec Alicia et nous décidons de rester en lien. Il suggère à Georges de me créer une adresse de courriel pour échanger des documents. Georges le fait de bonne grâce et me donne donc accès à son ordinateur régulièrement pour me permettre cette correspondance.

 

Samedi 29 Décembre 2001, Pleine Lune. Fête des David qui signifie « bien-aimé ». Saint David au X° siècle avant Jésus-Christ est le fils de Jessé, roi de Juda et d’Israël, prophète, créateur des Psaumes de la liturgie chrétienne. Il est l’ancêtre du Christ dans « l’arbre de Jessé ».

Le ciel est magnifique, comme en état second je sors en pleine nuit pour le contempler. Je repère sans difficulté Arcturus, le Bouvier conduisant le Chariot (ou Grande Ourse). Je vois aussi vers le nord Véga de la Lyre dans la Voie Lactée. Et vers le Sud, à l’autre extrémité de la Voie lactée resplendissent Sirius, l’étoile la plus brillante après le Soleil, et Orion. Je comprends soudain que dans l’Hexagone de l’hiver, selon la légende, un astronome païen du nom de Flégétanis ait pu lire le nom du Graal. Spectacle féerique qui me fait vibrer, je me sens remplie d’amour et de reconnaissance.

Lorsque le lendemain je raconte mon expérience à Emmanuel, il partage ma joie et me dit que Flégétanis était de la lignée de Salomon. Son nom est construit sur « phlegein » brûler en grec et Tanis, nom d’une ville d’Égypte Antique. Or Orion pour les égyptiens était un avatar d’Osiris, Sirius, celui d’Isis et ils voyaient des dieux dans cette partie du ciel, autrement appelé le Grand G. Sur le plan astronomique, il m’apprend que le Soleil et son cortège d’étoiles semblent naître des parages de Sirius et se diriger vers l’Apex solaire à la vitesse d’environ vingt Km/s. Quant à penser que les Anciens ignoraient ce mouvement propre du système solaire dans notre Galaxie, Emmanuel est sûr du contraire, même si cette connaissance était réservée à des initiés. L’Apex se situe au milieu de la zone entre Arcturus et Vega, dans la constellation d’Hercule (peu visible), et comme par hasard, Arcturus était surnommé le Fossoyeur par les Arabes, grands astronomes!

Presque par hasard, nous évoquons aussi Saint Laurent, associé au Graal et son célèbre gril (ou grille). Emmanuel me répète que les Anciens imaginaient que les étoiles se déplaçaient sur une coque. Autrefois une sorte de coque ou coquille en fonte munie d’une grille servait à faire cuire sur le feu un coq (ou autre volatile). Le contenant et le contenu étaient étymologiquement associés. En des temps difficiles, entre famine et disette, ce mets était signe d’abondance et il me rappelle la « poule au pot » du dimanche promise par Henri IV, qui est devenu de ce fait un des emblèmes de la France.

En occitan, graïl est d’une part le corbeau, d’autre part le gril ou la grille, et grailler en argot signifie manger, d’où l’expression « aller à la graille ». Le Graal se dit aussi grail en anglais. Avec tout cela comment s’étonner que le Graal soit vu comme un symbole d’abondance ? Et comme pour enfoncer le clou ­­­(ou retourner la grille !), Emmanuel m’apprend que selon la Lore ou Lorre, la racine indo-européenne laur signifie « jouir des richesses ». Saint Laurent est un des avatars chrétiens du grand dieu celte Lugh, dieu associé à la prospérité dont l’animal représentatif est le corbeau. Du chaudron d’abondance celte au Graal en passant par le gril (dans sa coque) y aurait-il une chaîne symbolique ininterrompue ? Vaste perspective !

 

Jeudi 3 Janvier 2002, fête des Geneviève qui signifie « femme de bonne naissance ». Sainte Geneviève au V° siècle se fait religieuse à l’âge de 15 ans. Après une vision prophétique, elle rassure les parisiens sous la menace des Huns et Paris est effectivement épargné. Elle intervient ensuite favorablement lors du siège par les Francs. Les rois francs lui font confiance, elle se dévoue aux pauvres et aux malades.

Je vois Alicia, nous échangeons nos vœux de bonne année. Je lui confie que j'ai refait plusieurs songes concernant le collier et les perles qui m’avaient incitée voici quelques mois à reprendre le travail d’écriture de mon aventure. Elle me demande :

 - Comment le comprends-tu maintenant ?

- Le collier banal à mes yeux casse, il symbolise le récit de mon vécu. Je le triture pour en trouver le meilleur sens possible (objet de ma quête d’alors dans les livres, les rencontres) et je perds le fil de l’histoire, la notion de son importance. Je suis obligée de me mettre à genoux, de descendre dans la « poussière » pour retrouver ces perles, éléments du récit. Mandro me ramène dans ma cellule et m’informe du motif de ma détention : j’aurais trahi ma mission de messager qui devait transmettre ce dont il était chargé sans en tirer profit.

« Son père me fait valoir l’importance du collier, je dois reconstituer le récit pour en découvrir la valeur. Le rôle du fils est donc de me ramener à cette tâche essentielle m’apparaissant pourtant sans intérêt après notre dernière rencontre.

« Dans le songe, il veut m’arracher la vérité sur son trésor, me faire « rendre gorge ». Je crache une perle sans valeur apparente, c’est pour lui la Perle fine, celle qui lui permet de comprendre. Cette Perle est en moi (dans la façon dont je vis les événements, dont j’évolue ?) et non dans le récit pourtant indispensable, élément incontournable de ma tâche pour la Mission.

« Je souhaitais qu’il reçoive tout, en me faisant oublier, c’est en fait la mauvaise solution, je dois assumer par ma présence face à lui jusqu’au bout. Par ailleurs, la Perle fine est différente pour chacun de nous. Pour moi cette Perle est dans mon expérience. Et celle que je cherche pour lui permettre de comprendre par lui-même n’est pas dans les livres ni les connaissances théoriques que je pourrais rassembler.

« Tu vois, si mon cheminement a été laborieux, je saisis maintenant clairement ce que je dois faire : le récit authentique de mon aventure tout en dégageant son arrière-plan symbolique. Ce travail est inutile sur un certain plan parce que tout cela a déjà été éprouvé, dit, publié par des gens infiniment plus doués, plus avancés sur leur voie et plus savants que moi, mais je ne peux pas m’y dérober. J’accède à la plénitude d’Amour et surtout de Paix, maintenant indépendante des conditions objectives de ma vie, seulement en obéissant à ce qui m’est demandé même sans en comprendre la finalité.

- Quel chemin ! constate Alicia. Je te souhaite beaucoup de courage et d’aide spirituelle afin de le poursuivre, Estelle. Je t’assure de mon dévouement amical, mais je t'avouerai que plus que jamais je mesure mon impuissance face à la dimension phénoménale de tes expériences d’une autre réalité et les proportions qu'elles ont prises.

« Nous sommes en général étrangers à cette dimension, voire même hostiles à moins d’être comme toi, appelés sur les sentiers de l’aventure intérieure et surtout d’avoir le courage de s’y confronter jour après jour. Avec toi, j’assiste à la marche sur le fil du rasoir d’une conscience en mouvement. Je te vois tendue entre la tentation du rejet pur et simple de ce qui pourrait apparaître comme des élucubrations et l’adhésion à cette force colossale qui te fait entrer en résonance avec une dimension d’Amour telle qu’on la conçoit difficilement à notre époque. Et je ne sais pas comment j'aurais vécu ces choses à ta place.

Je comprends les réticences d’Alicia et je la remercie chaleureusement de son soutien.

Par courriel, Emmanuel me donne son interprétation de la Perle. Il la met en relation avec « ma » formule latine évoquant l’aspect « paradisiaque et vierge ». La Perle est le symbole du monde de l’âme, monde sacré ou Paradis accessible par l’élévation du niveau de conscience, la Connaissance. Cette connaissance rend l’être à son intégrité première, intact, en un mot « vierge ». C’est la voie du Salut de l’âme donc de sa « sécurité » au sens sacré , mais aussi de son accès à la tranquillité de l’âme, la Paix. Ce qui est le sens de « Ségur » venant du latin securus « libre de souci ». En français c’est devenu « secur » qui a évolué en « sûr ».

Le mot vierge aurait pour racine « werg » qui signifie « enclos » au sens de périmètre, espace sacré. Mais cette racine a aussi donné le mot « work », travail en anglais. Emmanuel me rappelle les recommandations des anciens alchimistes : « ora et labora » : médite (prie) et travaille !

Pour moi tout prend sens, ciel et terre entrent en résonnance dans mon esprit et m’ouvrent un immense champ de connaissance, un labyrinthe ?

 

27 janvier 2022

2001, Chapitres 5 et 6, Tome 2

 

5 

 

Dimanche 22 Juillet 2001, fête de Marie-Madeleine, compagne de Jésus et premier des apôtres selon la Lore ou Lorre.

Je me lève très tôt pour aller vérifier les éléments géographiques entrevus dans mes rêves, je suis les indications de mes guides et me rends sur un promontoire rocheux à Angers, au lever du soleil. En explorant le lieu je découvre une chapelle construite par le Roi René et dédiée à Sainte Marie-Madeleine. Il me faut maintenant chercher le lien entre le lever du soleil à cette date, la dévotion à la sainte et un secret éventuel dont je semble approcher d’énigme en énigme.

Par ailleurs, Lotaire me fournit toujours le nécessaire pour accepter avec ma raison, l’autre versant plus « fantastique » de ma vie, je suis donc éclairée par un ouvrage d’Aldo Naouri (Les filles et leurs mères, 1998).

Le mort doit partir seul dans l’autre monde sans se raccrocher à un vivant. D’où la nécessité attestée par toutes les références aux traditions de l’humanité de bien séparer le monde des morts et des vivants. Notre société moderne n’y prête plus d’attention croyant régler le problème en l’évacuant ou en évitant d’y penser. Sans rentrer dans des considérations trop subjectives il faut remarquer que la relation de chacun avec la mort, les morts, est essentielle dans son comportement, déterminant ses rapports, ses habitudes, son discours et donc toute son histoire dans le lien à l’autre selon un mode « horizontal ».

L’amour se situe sur un plan vertical, et face à la fuite du temps, au rêve de mise en échec de la mort il déploie les sentiments jusqu’au vertige. La structure de l’autre interroge la nôtre et nous contraint à son réexamen alors que nous pouvions croire en être affranchi sous prétexte que nous avions choisi de ne plus rien en savoir.

L’étanchéité entre la vie et la mort est assurée par la succession des générations : celle en place est interposée entre la précédente dont le bout du pied touche la tombe et la suivante qui a pour mission de conquérir la vie et d’actualiser ce qui n’a pu encore être réalisé par ses parents. Tout abord thérapeutique d’un individu ne peut éviter de convoquer au moins trois générations.

 

Je découvre aussi les résultats d’une enquête médicale évoquant les bénéfices psychologiques probables d’une activité spirituelle ou religieuse qui serait un facteur de meilleure santé et de longévité. La quête spirituelle n’est pas une vaine occupation, elle est non seulement déterminante pour la construction de la personnalité, mais aussi pour la préservation de l’humain et ce semble-t-il depuis l’aube de l’humanité.

Je connaissais déjà l’influence bénéfique des pensées positives sur les défenses immunitaires, le cerveau semble au cœur d’une régulation subtile où tout est lié (pensées, émotions, santé, événements de vie...), comme le disent d’ailleurs les sages de toutes confessions depuis des siècles. La science le prouve maintenant, mais l’homme moderne toujours polarisé par l’efficacité technique et rationnelle, méconnaît ou méprise encore les possibilités du psychisme humain. De quoi est capable un cerveau utilisant les « bons » programmes et quels sont ces programmes « spirituels » permettant un fonctionnement optimum ?

 

Vendredi 10 Août 2001, fête des Laurent qui est construit sur le mot Laurus, « Laurier ». Saint Laurent était un diacre proche du Pape au III° siècle à Rome. Il était le gardien des Trésors de l’Eglise. Sommé de les livrer aux romains, il aurait envoyé le plus précieux dans sa famille à Huesca, en Espagne. C’était le Calice du Graal qui est maintenant à Valence. La légende raconte que Laurent serait mort sur un gril ou une grille, et bien que ce soit faux, cet objet lui est toujours associé. Il est le plus célèbre des martyrs romains et le saint patron de Rome avec Pierre et Paul.

Je me rends au château d’Angers, centre de mes rêves géographiques. C’est la Saint Laurent et sur la place d’accès au château, je l’entends prononcer à l’italienne (laurenté, la or en T) et cela me bouleverse. Dois-je entendre « laure hanté » ? Je fais le tour du chemin de ronde, la plus haute tour, la tour du moulin est inaccessible mais cela me suffit. Tout correspond dans ce panorama superbe dont n’émergent que quelques points intéressants confirmant mes rêves et mes calculs en rapport avec un pentagone. Je n’en comprends pas bien l’intérêt, cela dit, c’est exact et c’est déjà fabuleux.

Une intuition me dirige vers la Tenture de l’Apocalypse selon Saint Jean pour y recevoir le « signe » attendu d’un éclairage significatif. Tous mes sens en alerte, j’entre dans la sombre salle d’exposition tandis que la visite est déjà bien entamée.

Dans la troisième pièce de la Tapisserie, je vois « La mesure du Temple » et quelques détails attirent mon attention. Jean reçoit d’un ange la Canne, le bâton pour mesurer le Temple qui représente la mesure, le poids, le nombre, et donc l'ordre, l'harmonie du Cosmos. Ce bâton est un modèle céleste, mais adapté à l’homme pour lui permettre d’accéder au Code cosmique divin de compréhension de l’Univers. Le Temple est un édifice hexagonal gothique ouvert à notre regard avec son pavé mosaïque de losanges noirs et rouges me donnant l’illusion de CUBES juxtaposés. L’autel présente un ciboire en or couvert d’un linge blanc, la COUPE. La fenêtre derrière l’autel est couverte d’un treillis, une GRILLE (masquant l’Autre monde ?). Je suis à côté d’un homme qui parle avec ses amis de l’importance des symboles trilobés très présents dans cette représentation et selon lui dans l’art chrétien bien que leur signification ancienne ait été oubliée jusqu’à ce qu’ils soient purement et simplement assimilés à des fleurs de Lys, symbole royal par ailleurs très présent ici aussi dans toute la Tapisserie. Ce serait la représentation d’un « arbre du monde » cosmique.

Le guide attire notre attention sur les signes en Y semés en fond sur quelques tentures. Selon l’hypothèse la plus probable, c’est l’initiale de Yolande d’Aragon, femme de Louis d’Anjou, le commanditaire. Il parle aussi du « trivium », ensemble des trois principaux arts libéraux étudiés au Moyen Age, quatre autres étant regroupés sous le terme de « quadrivium ». L’ensemble formait les sept arts libéraux, l’intégralité du savoir intellectuel de l’époque.

Mon esprit s’échappe : le Y, trivium ou trois voies, formant ce triangle vu en rêve m’ont conduit là, dans ce château pentagonal, sommet central d’un pentagone de points périphériques un peu plus élevés dans un paysage plat traversé par la Maine. Est-ce le « signe » ?

A ce moment mon attention est attirée par un commentaire concernant les sept chandeliers, les sept sceaux, les sept trompettes de l’Apocalypse illustrés par cette tenture. En sortant, je sais que tous les éléments sont là même si je ne parviens pas à les assembler clairement. Je pense à Mandro à qui son père les destinait. Que comprendrait-il ?

Je passe à la bibliothèque, je ne trouve pas grand-chose. Sauf sur « laure hanté ». Le message spirituel secret des laures, ces antiques retraites d’ermites qui vivaient la vie mystique, me hante ? D’autant que selon la Lore ou Lorre, connaissance de la Tradition, laure vient d’un mot laura ou labra signifiant « pierre, grotte ». Ce qui selon Mircea Eliade serait l’origine du mot Labyrinthe…

J’emprunte un livre sur les Tentures de l’Apocalypse d’Angers.

Le lendemain Alicia passe me voir, je lui raconte ma visite au château, elle me dit :

- Tu aimerais partager avec Mandro.

- Oui, même si je ne me fais plus d’illusion quant à son aide possible pour résoudre tous ces mystères. Je sais maintenant que je ne lui ai rien pris, j’ai fait de mon mieux pour qu’il ait sa part. Certes, je n’ai pas été très douée, mais il n’a jamais voulu écouter, essayer de comprendre. Pourtant, je souhaite qu’il y parvienne seul avec les éléments remis lors de notre dernière rencontre et qui m’apparaissent de plus en plus comme des codes d’accès à un secret à priori fabuleux.

- Tu crois que c’est possible ? me demande Alicia.

- C’est peu probable qu’il en saisisse l’intérêt et c’est encore moins sûr qu’il accepte d’être guidé de l’intérieur comme je l’ai été.

- Et toi où en es-tu ?

Je reste silencieuse un instant et dis :

- Je suis émerveillée du sommet auquel je suis parvenue et je mesure, jusqu’au vertige parfois, tout le chemin qui se dévoile devant moi. Je dois continuer, comprendre en profondeur les aventures de ce voyage fantastique et en baliser les étapes. Malgré l’ampleur de la tâche et ma fatigue à ce stade, c’est ce qui est attendu de moi. 

 

Après son départ, dès que je suis libre des contraintes familiales, je commence cette exploration et je me plonge dans l’analyse des Tentures de l’Apocalypse qui signifie « Révélation divine ». Le Y pourrait représenter le « bivium » pythagoricien, symbole du choix de vie à faire entre le vice et la vertu, mais ce bivium est aussi à cette période du Moyen-Age un symbole de vie, contrepoids aux menaces de mort planant sur toute la « Révélation » de Saint Jean.

Or le symbole de vie en territoire « franque » évoque la Rune de vie (aussi nommée Rune de Connaissance ou Rune de l’homme) qui est représentée par un Y ou parfois un trident (comme le Psy des Grecs). C’est aussi le symbole de la Patte d’oie, notre Reine Pédauque… C’est une signification d’autant plus probable qu’en regardant bien, en haut de la lettre stylisée, sur l’axe central du Y, on voit nettement un point. Deux autres sont répartis latéralement.

A l’époque l’Église luttait contre les symboles traditionnels, mais ils existaient encore sous forme discrète !

Cette Rune de Connaissance devenue secrète est un symbole de lumière spirituelle tout comme la lettre grecque évoquant l’âme sous forme d’un papillon (Psyché qui accomplit son destin en apprenant à aimer Éros !). Par ailleurs, un visiteur avait mentionné l’importance des symboles assimilés à des fleurs de Lys. Je découvre que cela cache effectivement une ancienne représentation de l’Arbre du Monde lié au système runique fait de trois roues de huit runes. Le Lys serait en fait un symbole de Lumière, comme la Licorne vue par le premier des Plantagenêts et sa Corne de Ly, de l’illumination, devenue Corne de la Loi, représentée par l’Épée de Justice, L’Arme par excellence des Rois. De l’ancienne Loi devenue secrète à la Mère l’Oie (l’amère loi), il n’y avait qu’un pas … de Loup. Lug, le grand dieu celte « lumineux » assimilé au Mercure romain ou Hermès Grec, est accompagné de deux Loups. Autrefois on appelait le loup « leu », d’où l’expression « à la queue leu-leu », or la racine indo-européenne de Lug est Leu, qui signifie Lumière.

Les descendants des Plantagenêts ont poursuivi sur la lancée mythique de l’ancêtre puisqu’ils ont favorisé le développement de la légende du Roi Arthur, de sa Table Ronde conçue pour accueillir le Graal. Le cycle du Graal est d’ailleurs en correspondance étroite avec les cycles cosmiques et du temps.

Je suis manifestement de nouveau sur les traces de la Lore ou Lorre dont on dit que lorsqu’elle doit être cachée en raison de persécutions, elle est confiée au peuple (Folk) et peut être redécouverte dans le Folklore justement pour qui sait la voir.

Dans le livre sur la Tenture de l’Apocalypse, un chapitre est consacré au commanditaire, Louis I° d’Anjou, frère du roi Charles V. Il avait fait représenter dans la Tapisserie de l’Apocalypse la Croix à double traverse ramenée de Jérusalem lors d’une Croisade. C’était un reliquaire contenant un morceau de la Vraie Croix. Elle avait été aussi appelée Croix d’Anjou jusqu’à ce que le Roi René la fasse connaître en Lorraine où il a été élevé avant d’épouser Isabelle de Lorraine et d’y devenir Duc, elle est connue depuis comme Croix de Lorraine.

Je me souviens alors qu’elle figure aussi parfois sur les Armes d’Angers ! Une vérification rapide me permet de trouver ce blason accordé à la Ville par le Roi Louis XI, neveu et habile successeur du Roi René d’Anjou, grand dévot des Vierges Noires. Je l’avais remarquée lors de ma rencontre tant attendue et manifestement décisive avec Mandro.

Les armes complètes comportent des fleurs de lys, signe de l’apanage royal : le comté d’Anjou revenait au frère du Roi ; une clé de la ville dont le pêne représentait au XV° siècle une Croix de Lorraine. Mon guide m’avait dit « la Clé est dans la lumière » et qu’il fallait rendre les armes… Si l’une des armes est la Croix de Lorraine vue justement Place Sainte-Croix, peut-être faut-il la rendre à son origine, c’est-à-dire Jérusalem pour comprendre cette énigme ?

 

Mercredi 15 Août 2001, jour de l'Assomption.

En rêve j’entends le Maître suprême :

- Rédige cette histoire afin de pouvoir la transmettre.

Je proteste :

- Je suis surchargée de travail. Et puis d’autres en ont déjà parlé mieux que moi, même s’il faut lire entre les lignes et plus encore s’y intéresser vraiment pour découvrir ce qui en est dit de façon éparse. Enfin cela ne passionne probablement personne puisque Mandro lui-même, pourtant concerné au premier plan s’en désintéresse.

Mais devant ces arguments très « raisonnables », mon Maître habituellement aimant et peu directif devient sévère et imposant :

- Obéis ! Chacun doit transmettre ce qu’il a reçu selon son niveau de compréhension.

J'ai compris. La révélation impose la transmission.

 

Samedi 18 Août 2001, fête des Hélène.

Dans mon groupe de Reiki, un homme parle avec véhémence d’un livre qui suscite la controverse. Habituée à écouter mes intuitions, malgré les avis contraires je demande à consulter cet ouvrage. Yvon me le prête en me disant : « tu te feras ta propre opinion ».

J'y trouve la description d’un symbole de guérison très ancien et autrefois secret. En parallèle l’auteur évoque sept chandelles, sept sceaux et sept trompettes en rapport avec les chakras, les couleurs et les notes de musique. Est-ce une indication complétant les informations de la Tenture de l’Apocalypse ? Tout semble en correspondance, pourtant le déclic ne se produit pas. Il faut continuer à chercher pour évoluer et contenter ma raison obstinée à trouver un sens ( pour ne pas sombrer ? ). 

Cette parole de Pascal tombe à point : « Les événements sont comme les maîtres que Dieu nous donne pour vivre l’Amour au jour le jour ». Au-delà du désordre, du hasard des regards ordinaires, il existe l’ordre de la Caritas (Amour), l’ordre de Dieu que l’homme ordinaire ne peut saisir. C’est un mystère qui est qualifié par ceux qui n’y sont pas conviés d’absurde. Il faut suivre ce mystère et savoir s’y soumettre pour à terme y retrouver, à un niveau supérieur de conscience, la cohérence qui paraissait perdue en chemin.

En attendant c’est loin d’être simple. L’extase n’est qu’une étape pour l’être qui revient ensuite affronter la vie « ordinaire » et c’est mon objectif désormais. Cependant comment franchir la porte de sortie de cet autre monde tout en restant en lien avec tout ce qui m'apparaît maintenant si précieux ? Je préférerais renoncer à la vie plutôt que de prendre le risque de le perdre.

Avec l’aide d’Alicia, je récapitule ce que j'ai compris de l’histoire de la conscience (traditionnellement assimilée au symbole de la lumière) grâce à mon expérience récente et à mes recherches afin de mieux comprendre les phénomènes étranges se manifestant pour moi et en moi.

Aux origines de l’humanité, l’homme est une « âme vivante » dont la conscience se situe principalement « dans le corps » : sa mémoire et ses apprentissages s’y inscrivent en priorité, sans savoir théorique abstrait. Il développe ses capacités à se protéger lui-même et protéger ceux qui dépendent de lui. Sans conscience individuelle, il est immergé dans la conscience collective en communion avec la nature entière, tout élément lui paraissant relié à la Source et interdépendant. Il vit dans la connaissance de la Nature, en harmonie nécessaire avec le Grand Tout au sens d’énergie globale dont chaque élément de son univers ne serait qu’une expression particulière. Cette conception est vitale pour sa sauvegarde et son développement dans un contexte de danger extérieur permanent.

Puis, quelques hommes semblent privilégiés pour être médiateurs entre Ciel et Terre par le biais de pouvoirs particuliers et de connaissances plus ou moins liées à une sorte de rituel initiatique. Leur savoir est oral, inscrit et mémorisé dans leur corps, il comporte des pratiques de type chamanique. Ils comprennent, mettent « en ordre » le monde pour le groupe humain auquel ils appartiennent, ils dominent les événements et les éléments. Ils ont un modèle de l’Homme en tant qu’être complet relié au féminin sous son aspect de Grande Mère ambivalente (capable de donner la vie et de l’ôter) et relié aux diverses forces de la Nature qu’ils s’efforcent de maîtriser.

 

En Europe, suite à l’évolution qui les condamne à disparaître, les druides détenteurs d’une tradition secrète, sont persécutés par la nouvelle religion (le christianisme qui se répand avec l’occupation romaine). Ne pouvant plus transmettre leurs secrets et l’initiation permettant d’y accéder, ils auraient « chargé » des symboles qui seraient alors capables d’agir par eux-mêmes pour transformer l’homme, comme c’est signalé dans d’autres traditions principalement de type chamanique, (en particulier tibétaine). Des grands initiés ont rejoint les chrétiens qui récupérant ces connaissances ou traditions, ont fixé par écrit des stratégies rituelles opératives. Ils ont gardé les traces « figées » de symboles chargés d’énergie, potentiellement actifs et puissants sur l’esprit humain.

Au XII° siècle, la synthèse des traditions et des références antiques apparaît dans le symbole du Graal accepté par le milieu chrétien. C’est le symbole spirituel suprême en Occident depuis cette époque. L’homme est en quête d’un modèle pour devenir un homme digne de ce nom. Ce modèle sera fourni par les références chrétiennes du Moyen Age. Dans ce contexte religieux dominant, le féminin finit par être évacué, malgré les avancées de l’Amour Courtois. Or il est indispensable sous peine d’unilatéralité aliénante, d’intégrer culturellement le féminin de l’être pour devenir l’Homme complet. Cette tradition subsiste pourtant dans des démarches parallèles (alchimie, gnose), qui seront à leur tour discréditées par la religion officielle et surtout marginalisées par le rationalisme scientifique.

Différents symboles chiffrés ont été utilisés au cours du temps. Ils sont le plus souvent associés à la lumière, à la montée de conscience dans l’humanité. Le plus archaïque semble être le Triskèle unissant le trois et la spirale. La croix, signe du quatre, est un symbole antique et celtique récupéré par les chrétiens. Le pentagramme exprimant le cinq, (inclus au cœur de la pomme) est le symbole de l’Harmonie et de l’Homme accompli pour les gnostiques et alchimistes, le Microcosme. L’hexagramme est le symbole du Macrocosme, il est associé à Salomon, le grand Roi mythique constructeur du Temple, préexistant au développement des trois monothéismes ou religions du Livre.

L’utilisation de symboles capables d’activer les champs d’énergie de l’homme et de l’environnement en cohérence, est la réalité de traditions toujours vivantes. C’est le rôle de la fonction symbolique de propulser l’homme dans la verticalité (la profondeur et la hauteur) en établissant des rapports entre les divers plans de l’être et de la Création. Le symbole ainsi compris est réellement la « clé de l’Invisible ». Au terme de ce processus, l’homme réalisé devient lui-même un médiateur des énergies entre Terre et Ciel, tel un cristal (une pierre) activé au sein du système énergétique de la Création qui est aussi de structure cristalline au niveau ultime.

L’évolution de l’homme moderne semble l’orienter vers l’union consciente de ses capacités rationnelles (avec leur impact sur la vie matérielle, l’individualisme) et de ses capacités spirituelles de communication avec l’autre dimension du monde où tout est relié. Beaucoup de travail est encore nécessaire, mais peu à peu se dessine une telle ouverture malgré les crispations assassines de l’ancien monde avec ses croyances aliénantes sous couvert de religion mal comprise.

  

6

 

Mardi 11 Septembre 2001, des événements tragiques bouleversent le monde occidental. La barbarie terroriste frappe les symboles de réussite technique et financière triomphantes de l’Amérique à New York. L’horreur le dispute alors à l’impuissance. Que faire ?

La barbarie est présente à l’état potentiel dans l’homme, chez certains elle s’exprime avec une intensité jamais atteinte étant donné les moyens disponibles. Elle révèle la puissance considérable des croyances : quelle que soit l’atrocité de l’acte commis par l’être humain, il répond toujours à une justification interne, ( ses bonnes intentions ), en rapport avec sa représentation du monde. Si cette représentation dénie à l’autre le droit d’exister, l’acte visera à le supprimer, à l’humilier... « L’enfer est pavé de bonnes intentions ». Il ne suffit plus comme au Moyen Age d’être un homme digne de ce nom, l’homme moderne conscient de ses capacités potentielles à nuire doit aussi protéger l’autre de lui-même et pour cela travailler à « voir autrement », devenir plus conscient. Bouleversée par cette situation dramatique, je décide de consacrer résolument le reste de ma vie à l’éveil humain, le mien en premier puisqu’il faut toujours commencer par soi-même, dans l’intérêt de tous au bout du compte.

 

Mercredi 19 septembre 2001

Je téléphone à Emmanuel, il n’a pas encore trouvé le lieu des ruines au sud de Toulouse, il me demande de lui fournir tous les messages en rapport depuis le début. Je cherche rapidement dans mon journal :

Vers la mi-juin 1998, en rêve Jil me fait visiter des ruines de construction au sommet d’une montagne, en fin de nuit, juste avant le lever du soleil. Il évoque le « cinq en rapport avec le huit ». Nous sommes installés dans le coin gauche d’une longue cour ceinturée de murs de pierre, délabrés ou effondrés par endroits. Le mur gauche englobe une masse rocheuse et forme un peu plus loin un angle au-delà duquel je ne distingue rien dans la pénombre. Il faut attendre, Jil contemple un point sur l’horizon vers l’est.

Au sol je vois des blocs de pierre épars ou enchâssés dans la terre. Soudain les premiers rayons du soleil forment une trace lumineuse sur un pan du mur de gauche puis ils éclairent une partie de plus en plus importante de l’enceinte avec l’avancée du jour. 

Début Août 1998, Jil me conduit de nouveau en ce lieu lors d’un rêve. Je lui demande ce que je dois comprendre. Il me dit en montrant le ciel :

- Nous entrons dans le cinquième du huit mais l’important est la moitié.

 Il m’indique alors la projection du rayon du soleil levant sur le mur d’en face, près d’une porte d’accès. Ce mur semblait rectiligne, mais il ne l’est pas vraiment, il ajoute :

- Le milieu donne la moitié.

Au réveil, je me demande si ces informations sont en rapport avec la forme d’un bâtiment particulier ou sont une représentation plutôt symbolique. La moitié désigne-t-elle un endroit ou un moment ? Temps ou espace ?

Lors d’un autre rêve je me retrouve seule dans les mêmes ruines, de nuit. Je distingue un couple vêtu de longs vêtements sombres. Ils sont sur une hauteur surplombant un mur (venus par un escalier ?). J’entends que le danger vient du sud, pour le conjurer il faut se préparer à célébrer l’Amour dans l’Union du jour et de la nuit. Ce qui manifestement correspond à un moment précis. Mais c’est dangereux et donc avant cette union, je dois franchir les étapes une à une, je connaitrai ce lieu le moment venu. Grâce à cela je découvrirai que dans certaines circonstances, il peut mener au-delà de l’espace et du temps.

- Aïe, commente Emmanuel, cela ne m’éclaire pas beaucoup, mais je vais tout examiner soigneusement. En attendant cela confirme certaines données concernant les symboles du cinq et du huit. Ces nombres (au sens sacré du terme) sont liés à Vénus, l’étoile du Berger. La trajectoire de ses conjonctions avec le soleil forme un pentagramme ou étoile à cinq pointes tous les huit ans. Tous les cinq cycles de huit ans ­— quarante ans —, elle revient à son point de départ. La synchronisation de ses cycles avec les calendriers solaire et lunaire atteint une précision telle qu’elle fournissait un calendrier et une horloge permettant de mesurer le temps avant que les moyens techniques modernes ne soient disponibles. Vénus peut être considérée comme le « métronome du monde », ce qui explique le culte que lui rendaient de grandes civilisations. Voilà pour le temps.

- C’est fascinant, dis-je.

- Et ce n’est pas tout. Le pentagone permet d’obtenir le Nombre d’or si important dans la nature et l’harmonie en particulier architecturale.  C’était l’outil fondamental des constructeurs de cathédrales. Or 8/5 = 1,6. Une valeur approchée de Phi 1,618, le nombre d’or. Voilà pour la détermination de l’espace. Des livres entiers ont été écrits sur l’importance de la géométrie et des calculs qui en découlent, notions fondamentales de l’Art Roman.

- Merci, mais je ne suis pas très à l’aise avec les chiffres.

- Ce ne sont pas des chiffres, dit Emmanuel avec véhémence, c’est l’accès aux notions d’harmonie… Et il me semble que l’homme concerné aussi par cette histoire est spécialiste des chiffres.

- Plutôt des comptes, dis-je en riant, je ne pense pas qu’il soit très féru d’Art des constructeurs.

- OK, conclut Emmanuel, je vais essayer de comprendre où sont les ruines de tes rêves et leurs propriétés. Bonne chance sur ton chemin de quête des mystères de la Lore.

Nous échangeons alors quelques banalités jusqu’à ce qu’il m’annonce le sabotage d’un train transportant du nitrate d’ammonium dans le Pas-de-Calais. On a évité de justesse une catastrophe, car ce produit qui sert principalement d’engrais a aussi des propriétés explosives. Il ajoute que le huit rayonnant était le symbole « alchimique » du sel d’ammonium ! Comment ne pas penser au message des huit allumettes en étoile évoquant le « passé, le présent et l’avenir » ? Mais cet accident potentiel ne concernait pas Toulouse.

 

Vendredi 21 septembre 2001, un accident dans une usine d’engrais chimiques ravage Toulouse.

Dix jours après les attentats de New York revendiqués par Al Qaida, vers dix heures, une détonation ébranle la ville de Toulouse. Elle est suivie aussitôt par une explosion dantesque qui retentit jusqu’à cinquante kilomètres à la ronde. Située au Sud-Est de Toulouse, l’usine des Azotes et Fertilisants (AZF), filiale du groupe Total, vient d’exploser. Bilan : plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés. Les bâtiments et habitations qui étaient autour de l'usine ont été touchés sur quelques kilomètres, mais aussi les voitures sur la rocade toute proche.

La ville rose est blessée, j’ai mal à Toulouse, ville sacrée où mon aventure ­— la plus fabuleuse qui puisse arriver à un être humain, je le sais maintenant — a commencé. Est-ce l’accident explosif dont son père voulait lui éviter les conséquences économiques voire physiques ? Je suis bouleversée de tout ce que cela implique. Mes rêves étaient manifestement prémonitoires (feu, explosion, accident de voiture collectif), je ne les comprenais pas, je ne pouvais donc pas parler de cet événement effroyable dont j’ignorais la date et les circonstances précises. A vrai dire, on ne sait pas encore si ce n’est pas plutôt un autre attentat lié à la mouvance islamiste très active sur Toulouse. D’après Emmanuel, les consignes sont de ne pas en parler : « Pas de ça en France, nous ne sommes pas aux États-Unis ». Depuis les premières heures, les autorités écartent toute hypothèse en ce sens, au risque de laisser évoluer le phénomène. C’est la politique de l’autruche !

 

Mon entourage, comme actuellement l’ensemble du monde occidental, est sous le choc et plus ou moins révolté. Tous recherchent un coupable, stratégie habituelle face à l’horreur. En dernier recours, ils s’interrogent même sur Dieu, il ne fait pas bon être croyant en ces temps troublés.

J'ai confié à Alicia la réponse de mes guides à ce sujet : demander comment Dieu peut permettre tant d’abominations et de catastrophes n’est pas la bonne question. Elle reflète surtout notre propre mentalité qui nous incite à projeter sur un Être Tout-Puissant nos peurs et insuffisances. La réponse au pourquoi et au comment renvoie en fait à l’interrogation sur la nature de Dieu.

La langue hébraïque l’exprime d’ailleurs de façon saisissante par une réflexion sur les lettres des mots Elohim-Dieu et Adam-Homme: Qui est en haut (Elohim) a fait Quoi en bas (Adam). D’une certaine façon, l’homme est le « Quoi » en quête du « Qui ». Personne n’a répondu de façon définitive à cette question impossible, Dieu étant par essence inconnaissable. C’est pourtant la question fondamentale, celle qui FAIT L’HOMME, et une manière de s’en approcher serait peut-être de savoir « où Le chercher » ?

Selon une histoire indienne, le Créateur après avoir fini son Œuvre demande aux autres dieux où il pourrait se retirer (pour laisser entière liberté à l’homme créé à sa ressemblance). Ils passent en revue les différentes possibilités : sur la montagne la plus haute, dans la mer la plus profonde, sur la terre la plus désertique... Rien ne convient au Créateur car l’homme va s’employer à tout explorer. Finalement ils trouvent l’endroit idéal : le dieu se cache au fond du cœur de l’homme.

Cela dit, dans quelle mesure les événements de notre vie sont-ils écrits et quelle marge de manœuvre avons-nous pour les éviter ? Ce mystère insondable me confronte à mes pauvres limites. Sous ce nouvel éclairage confirmant mes « communications » des dernières années, j'envisage d’une toute autre façon ce qui m'a été révélé.

Est-ce un fantasme de cerveau malade ou un « miracle » ? Aucune certitude n’est possible. Mais si cette explosion est le danger dont j'ai eu le pressentiment, ma mission concernant Mandro est effectivement accomplie et je serais maintenant sur la piste d’un fabuleux trésor spirituel. Est-ce celui dont la quête a occupé tant d’hommes tout au long des siècles en Occident, le Graal d’une certaine façon ?

 

Tout au long de cette aventure, j'ai vécu l’apprentissage de l’amour qui éveille tous les sens et génère une spirale énergétique phénoménale menant jusqu’au niveau d’Amour suprême, au Très-Haut. Dans cette expérience, Jouissance et Connaissance (de soi-même, du monde et du divin) sont d’inséparables compagnes d’évolution. Ce qui rend d’autant plus absurde la malédiction jetée sur ces phénomènes pendant des siècles.

Notre monde occidental actuel soi-disant « libéré » ne fait pas mieux. Le plaisir est érigé en maître et sa règle est la possession méprisante de l’être alors réduit à la dimension animale, physique voire biologique. L’éros est asservi par la consommation rapide et calibrée pour qu’il n’empiète surtout pas sur le territoire de la production rentable et du profit immédiat, de l’avoir. Il ne mène plus sur la voie du sacré qui elle, se situe dans un autre registre, celui de l’être.

Les extrêmes se touchent et peut-être faut-il d’abord explorer la dimension du corps-objet jusqu’à la nausée comme notre société en fait l’étalage ? Est-ce nécessaire avant de retrouver le lien à l’âme dans la spiritualité la plus authentique qui serait alors reliée à la sexualité globale ? Elle seule mobilise toutes les dimensions de l’être dans une vraie relation à soi-même, à l’autre, au divin.

J'éprouve dans la profondeur de mon être cette vérité maintes fois répétée par mes guides : « si tu souffres d’aimer, c’est que tu n’aimes pas assez ». Chaque fois que j'ai accepté de me déposséder de mes exigences, d’éprouver le manque et malgré tout de servir, j'ai été saisie par des forces supérieures qui m’ont menée vers une nouvelle dimension au-delà de la souffrance, au-delà de moi-même, à la rencontre du divin.

Réduite à mes simples capacités humaines, je me sais très fragile, mais je prie afin de pouvoir toujours discerner le lien avec l’Être suprême, y compris dans les difficultés et contingences de ma vie. Je ne serai probablement pas épargnée, mes guides m'ont dit que les épreuves font partie de ma voie. Je n’ai pas l’orgueil de les souhaiter pour mesurer la force et la sagesse paradoxales qu’ils me font entrevoir, pourtant je ne demande même plus à en être protégée. Je renonce à cette attitude enfantine et illusoire. Pour moi désormais, les épreuves correspondent à des expériences de vie et non à des échecs ou des punitions.

 

A l’occasion de quelques jours de vacances à la Toussaint 2001, je visite Toulouse en compagnie de Georges. En passant sur la voie rapide près du site de l’explosion qui a ravagé le secteur, j'ai la stupéfaction d’y voir se superposer la vision de mes cauchemars de catastrophe impliquant de nombreuses voitures.

Aurais-je pu faire quelque chose si j'avais été plus loin dans le déchiffrement des messages de danger qui m'étaient régulièrement transmis depuis déjà trois ans et demi ? D’après Emmanuel, même si j'avais mieux compris, je me serais retrouvée dans la situation d’une Cassandre, ce personnage de l’Antiquité qui avait le don de prophétiser, mais n’était jamais prise au sérieux. Le danger potentiel du site était bien connu, il n’avait pas été pris en compte dans les projets d’urbanisation, pour des raisons économiques majeures entre autres.

En tout cas, cette dimension étrange de l’histoire concernant Mandro me semble claire désormais. Je comprends pourquoi j'avais eu la certitude qu’il était « sauvé » en voyant sa chemise tachée de vin rouge lors de notre dernière rencontre. Le prix du sang ayant été payé, il était protégé des conséquences dramatiques de cette explosion ravageuse.

 

Au retour, toujours attentive aux événements de ma vie pour en déchiffrer le message éventuel, je récupère la voiture à l’issue de notre voyage. Je m'aperçois que le rétroviseur côté conducteur est cassé en de multiples éclats. Le miroir est brisé et il faut attendre pour le remplacer. Je vais mal au travail. Je suis très enrhumée et triste. Je prends conscience de ma situation. Le miroir est brisé, je ne peux plus regarder en arrière.

En songe, je monte dans la lumière vers mon Bien-aimé. Il sourit, je m’apaise à ses côtés. Un axe lumineux relié à d’immenses mains de lumière apparaît en moi. Mandro s’approche, un vent violent se lève et un souffle brutal comme celui d’une explosion le projette au loin tandis que son image restée devant moi s’effrite et disparaît.

En tant que miroir spirituel (projection d’animus ?), Mandro n’est plus, la page est tournée, l’histoire est finie. Du moins c’est vraiment ce que je crois et souhaite. Mais qui a brisé le miroir ?

Si je croyais n’y être pour rien, maintenant je dois en assumer la responsabilité et j'en suis la première pénalisée. Quelle est la vérité de cette situation ? Le miroir est-il brisé pour m'interdire d’y regarder ou l’ai-je brisé en refusant d’y regarder, d’y voir Mandro encore et toujours ?

26 janvier 2022

2001, Chapitres 3 et 4, Tome 2

3

 

Début Mai 2001

Dès que possible, une fois de plus je me jette à l’eau et finis par téléphoner à Mandro. Malgré l’émotion qui me rend toujours maladroite face à lui, sans avoir beaucoup à insister, il accepte. Il me donne rendez-vous devant la Maison d’Adam, Place Sainte-Croix, et je n’en reviens pas ! Le choix du lieu est-il conscient pour lui, comme un écho des clés de la révélation transmise voici quelques mois ? Par qui est-il guidé ?

Dans un songe très symbolique et « hermétique », le Maître des lumières me parle du huit. Il me dit :

- Poursuis la voie du huit.

- Pourquoi huit ? dis-je.

- Parce que cinq et huit font treize, symbole de l'Amour, me répond-t-il. Au sein des deux, tu trouveras la « pierre des pierres » qui donne la vraie vie, la « Clé en rapport avec le six ». Cependant, je te recommande de ne pas chercher le six par toi-même, il te sera révélé le moment venu.

Je repense au « cinq », symbole de l’Harmonie et de l’Homme se trouvant dans la pomme. Je me souviens d'un rêve où il m'était demandé de « passer du cinq au huit », huit, symbole de l'infini, huit que j'ai trouvé notamment dans l'octogone symbolisant Saint-Jacques de Compostelle, mais apparemment j'ai autre chose encore à découvrir.

Je m’interroge longuement sur cette énigme. Il me semble que Mandro est directement concerné par le symbole du six. Quel lien a-t-il avec le six ? Est-ce en rapport avec son évolution ? Est-ce encore lui qui détient cette clé ?

Heureusement, ce songe me permet aussi d’accéder enfin à une meilleure compréhension de ma Mission. Mon guide me confirme mon rôle de médiatrice du chemin menant au Moi authentique (relié au divin). Ma mission est de transmettre à Mandro ce qui l’amènera à sa juste place et lui permettra à son tour d’accomplir sa propre mission sur cette terre.

 

Mercredi 16 Mai 2001, fête des Honoré, c’est le jour fixé par Mandro pour la rencontre souhaitée depuis si longtemps !

Je suis prête à faire de mon mieux, à laisser agir en moi sans m’attacher au résultat. J’ai préparé des documents afin de l’aider à se repérer par lui-même, je sais à quel point ce que j’ai à lui dire est déconcertant et je suis prête à tout faire pour qu’il obtienne ce que son père lui destinait, dans le respect absolu de sa liberté.

Je suis prête à ne jamais le revoir si c’est ce qu’il choisit après m’avoir écouté. Je me prépare à le servir aussi discrètement et respectueusement que possible si au contraire il accepte ce secret initiatique. Il le conduira à trouver la « clé » de la grille de cohérence entre le haut et le bas, véritable trésor dont je m’approche en suivant la voie qui me relie à lui.

Pour ce moment si particulier, mes guides m’assurent de leur aide et protection, et en effet, comme d’habitude quand je suis dans l’axe juste, tout se passe facilement. Ma matinée se déroule idéalement, et peu avant le rendez-vous, la pluie cesse de tomber. Sur la Place Sainte-Croix, j’arrive en avance, j’y remarque un camion « d’audiométrie ». Que dois-je entendre ?

Je dois être à l’écoute, extrêmement attentive au moindre signe venant de lui.

Je contemple la Maison d’Adam, l’arbre d’Éden est sculpté sur la façade, et dans l’éclairage de ce midi ensoleillé, je remarque la trace de deux personnages disparus, Adam et Ève y figuraient manifestement autrefois. Je m’assieds pour attendre près du labyrinthe végétal fleuri. Sur un piédestal, je remarque soudain un écusson avec les armes d’Angers comportant une clé, deux fleurs de lys surmontées de la silhouette crénelée du château. Je suis littéralement absorbée par ces symboles quand Mandro arrive près de moi, l’air détendu. Sa chemise est éclaboussée de taches de vin rouge sur la poitrine. Cela me rappelle un souvenir très fort que je ne peux préciser. Après les salutations d’usage et quelques banalités, je parviens enfin à lui demander :

- Que pensez-vous de toute cette histoire ?

Il est soudain réticent, gêné et refuse de s’asseoir à mes côtés (on dirait un adolescent qui a peur de « se faire avoir » par sa mère !). Il finit par me dire :

- Je pense que vous vous ennuyez chez vous et que vous voulez passer du bon temps avec moi.

J’en suis abasourdie, ainsi il n’a vraiment rien compris ! Il a pensé que je le draguais ? 

J’ai envie de rire, pourtant je me retiens, me disant que son état révèle une vision du monde qui ne doit pas lui faciliter la vie. Qu’importe, cela lui appartient.

- Vous avez le droit de penser ce que vous voulez, même s’il ne s'agit pas de cela, dis-je après un moment de silence.

Je sais trop bien que l’objectif de notre rencontre n’est pas de me justifier. Quoi qu’il m’en coûte, je dois accomplir ma tâche jusqu’au bout. Il accepte enfin de s’asseoir. Et une fois de plus, comme je le craignais, je suis tellement en « accord » avec lui que j’ai aussitôt envie d’exaucer son souhait d’en finir tout de suite. Pour rester fixée sur l’objectif et ne pas lui faire perdre de temps, je lui expose ce dont je dois lui parler en m’aidant de quelques notes manuscrites.

- Voilà ce que j’ai à vous dire. Quelqu’un, proche de vous, a voulu vous transmettre une sorte de « secret de famille ». Il n’a pu vous contacter directement, il s’est servi de moi (et au début sans ménagement, il ne pensait qu’à vous). J’ai su assez vite que ce serait long, que cela me coûterait beaucoup d’efforts, que vous étiez « coriace » selon sa propre expression (sans mesurer à quel point, bien que j’aie déjà eu quelques messages particuliers à transmettre à d’autres personnes, mais c’est une autre histoire).

« En fait, bien que je ne sois ni informée ni apte à ce genre de mission, émerveillée j’acceptais de servir d’intermédiaire sans pourtant savoir ce qui était en jeu, mon rôle étant de vous permettre de tout recevoir par vous-même. Votre réaction a imposé d’aller plus loin : il fallait que je comprenne pour mieux transmettre ce que cette personne désirait vous faire parvenir. J’ai donc parcouru mon propre chemin de découverte en travaillant personnellement pour tout vérifier et progresser selon ce que je recevais.

« En juin, voici deux ans, je vous ai contacté prête à tout vous livrer (je vous ai demandé alors une demi-heure, même dans un lieu public !), vous refusez. Mon contact paraît désespéré, et en conséquence je lui propose même de donner cela à un de vos frères pour qu’au moins « cela reste dans la famille », mais c’est pour vous, et je comprends à quel point quand il m'a fait le don de la révélation qu’il vous destinait plutôt que d’abandonner.

Là, il s’énerve un peu :

- Je ne comprends rien. J'aime que les choses soient claires et non parler par énigmes. Et j'ai une femme que j'adore.

- Moi aussi j'aime mon mari, lui dis-je.

Et je pense sans le dire, puisque je le lui avais déjà écrit, que je sais même avec certitude grâce à cette histoire que Georges est « l’homme de ma vie ». Je sens que c’est inutile d’en parler encore…, il suit son idée sans rien vouloir admettre d’autre, c’est sûrement une manière pour lui de se protéger.

Il poursuit :

- Vous avez votre travail et vos trois enfants. J'ai pour ma part changé de travail, je suis maintenant en banque et j’ai un adorable bébé.

- Félicitations, dis-je sincèrement, je suis contente pour vous.

Et je revois ce songe où je voyais une jeune femme avec un petit garçon. Je lui demanderais bien si c’est effectivement un garçon mais je n’ai pas le droit de perdre le fil en étant curieuse, seule la « mission » compte. Je retrouve plus fort que jamais ces sensations de même longueur d’onde, je perçois tellement son état d’esprit que j’ai vraiment envie qu’il parte, tout comme lui le désire. Je me raccroche à mes notes pour faire ce que j’ai promis, aussi difficile que ce soit pour moi.

- Je vous demande de m’écouter, car c’est important pour vous, et je vous assure que je ne vous reverrai plus jamais ensuite si c’est ce que vous voulez.

Il se calme et fait un effort.

- Cette personne qui vous a soi-disant contactée, qui est-ce ?

Je sens le sol se dérober sous mes pieds, mais je finis par dire ou plutôt bredouiller :

- Votre père...

- Quoi ? Mon père ? Mais que dites-vous là ? C'est insensé.

Bien sûr, cela n’arrange pas son état d’esprit, je dois pourtant continuer.

- Je comprends bien votre réaction. Si les rôles étaient inversés, j’aurais pris pour un fou celui qui m’aurait parlé ainsi. Mais je dois vous dire que vous pouvez avoir accès à certaines informations que votre père veut vous faire parvenir. Cependant, vous êtes totalement libre de refuser, moi je n’ai pas eu le choix. C’était cela ou probablement la folie.

Gênée par des gens qui viennent manger leur sandwich, j’abrège. Je ne peux pas lui donner la première « clé » concernant le cinq, j’ai pourtant tout ce qu’il faut. Je m’adapte rapidement à cette situation qui finalement m’arrange bien, il n’avait qu’à me « recevoir » convenablement !

- Tenez, c'est pour vous, dis-je en lui tendant l’enveloppe que j’avais prévue, vous pourrez le lire tout seul si vous le désirez. Et soyez-en sûr, j'aurais préféré ne jamais avoir à faire cela. Je sais, cette histoire est comme vous dites... insensée. Pourtant, jamais ma vie n'a eu un sens aussi fort que depuis que je la vis. Peut-être qu'un jour vous comprendrez et y verrez-vous aussi un sens.

Je lui remets donc mes notes rédigées et quelques documents : un résumé de certains aspects de la psychologie des profondeurs et un extrait du livre de Lazslo, ce scientifique de renom exprimant avec des termes simples, sur le plan de la physique quantique, les réalités de mon vécu par rapport à son père. J’y ai ajouté une explication des symboles en tant que langage archaïque de l’inconscient et je lui donne aussi la liste des éléments symboliques qui peuvent lui permettre de progresser seul, en suivant leurs indications tout comme j’ai à le faire.

Pour conclure notre entretien, après qu’il ait accepté la grande enveloppe contenant tous les documents, je lui dis : « Je ne me manifesterais plus si vous ne demandez rien, et je vous remercie de m’avoir aujourd’hui permis de tenir cette part de ma promesse. Et bonne chance à vous de toute façon. »

Comme apaisé, il me serre alors la main en me disant gentiment « Merci ». Voyant de nouveau sa chemise constellée de gouttelettes de vin, je ressens une grande joie et un pressentiment aussi fort que celui qui m’avait informée autrefois d’un danger, me dit « il est sauvé ». De quoi ? Que dois-je comprendre ?

 

Au retour, je suis soulagée d’avoir enfin trouvé le courage d’accomplir cette tâche jusqu’au bout. Je n’ai jamais rien vécu d’aussi difficile même si je dis merci pour tout ce que j’ai obtenu grâce à ce parcours accompli pour lui. J’entends alors dans la rue une personne dire : « Tu es contente que ce soit fini ! ». C’est comme si c’était pour moi, et je ris ! Je me demande quel est le sens de ce que je viens de faire. Bien que je me sente totalement en accord et en correspondance avec l’autre dimension du monde qui se manifeste ainsi pour agir en faveur de Mandro, j’ai besoin d’un signe pour me rassurer concrètement. Je me rends dans une librairie et j’ouvre un livre au hasard pour une réponse éventuelle. Le narrateur dit qu’il n’aurait jamais imaginé rencontrer un être qui aille aussi loin dans sa relation avec un autre, par amour pour Dieu. Je suis émue aux larmes, je ne pouvais rêver mieux, c’est presque du « sur mesure ».

En voiture, je me demande ce qu’il en est pour Mandro par rapport à cette « mission voulue par son père ». J’entends alors une émouvante chanson qui parle de l’amour au-delà de la mort et de la nécessité pour celui qui est encore vivant de penser à cet amour pour briser la malédiction de la séparation par la mort. L’Amour plus fort que la mort ! Quel cadeau ! Tout cela, c’est pile poil ! Intérieur, extérieur en correspondance.

Après cette épreuve, j’attends la révélation du huit ou des indications sur le symbole du six. Selon mes guides, elles sont liées au franchissement de cette étape. Je suis plus que jamais attentive, « à l’écoute ».

 

 

 

4 

 

Jeudi 19 Mai 2001, fête des Yves qui signifie, « if », l’arbre toujours vert. Mais selon la Lore ou Lorre, la tradition, sa racine indo-européenne signifie « comme l’éternité ».

Quelques jours après ma rencontre avec Mandro, je vais voir Alicia et lui fais le récit des derniers événements. Elle est visiblement émue et je suis au bord des larmes, à la fois soulagée que ce soit fait et triste de n’avoir pu mieux faire.

- Tu as été très courageuse, me dit-elle.

- Je n'avais pas le choix.

- Je sais, dit Alicia compatissante. Tu as fait ce que tu pouvais.

 Je sors le double des notes remises à Mandro et les tends à mon amie. Alicia lit à voix haute et j’essaie de me mettre à la place de Mandro :

« J’ai vu le But et la possible Réalisation de votre potentiel. J’ai eu la vue d’ensemble du chemin. J’ai été guidée sur mon propre chemin mais je suis une femme ordinaire, sans « pouvoir ». J’ai reçu pour vous les clés symboliques personnelles, (« pour celui qui connaît les symboles, le chemin est facile ») , ces clés ouvrent les portes de passage des différents stades de la Voie qui vous est proposée et si vous acceptez de les recevoir, vous parcourrez le chemin et trouverez chaque porte seul. Si vous sollicitez mon aide, je ne pourrais que confirmer la voie indiquée et éclairer les symboles qui resteraient obscurs, dans la mesure de ce que j’ai pu apprendre et comprendre.

« Selon ce qui m’est apparu, le nécessaire aurait été fait pour que vous ayez le moins possible besoin de mon aide une fois que vous aurez compris et serez sur la bonne longueur d’onde.

« Pour moi, vous comprendrez que je ne demande rien a priori, je suis au service de ceux qui me sont désignés sans rien attendre d’eux et en ce qui vous concerne, j’ai déjà reçu au-delà de l’imaginable. J’ai fait de mon mieux pour accomplir la part directe de mon engagement. Pour le reste cela dépend de vous, le respect de votre liberté étant plus important pour moi que l’accomplissement de cette mission qui pourtant m’engage totalement.

- Il ne va pas comprendre grand-chose, n'est-ce pas ? dis-je.

- C'est probable, répond Alicia. Enfin je ne sais pas. Il peut comprendre l'essentiel, que tu as voulu l'aider, que tu ne pouvais pas faire autrement et que la balle est dans son camp maintenant...

- Tu as raison. Et désormais, je peux me reposer, ma mission est accomplie. Enfin !

- Je suis curieuse quand même, ajoute Alicia. Que veux-tu dire, Estelle, avec les derniers mots de ta lettre « t’engager totalement » ?

Je baisse la voix pour lui répondre :

- Je sais que ma vie est totalement déterminée par cette mission et que si je ne la réalise pas en le contactant selon les consignes que je reçois, mon état de santé s’aggrave. Je me garde pourtant de lui dire afin de le laisser totalement libre de son choix sans l’effrayer ni l’influencer par les éventuelles conséquences de sa décision sur moi, que j’ignore de toutes façons et que j’accepte par avance.

- Je comprends mieux, merci. Je trouve cela tout à ton honneur, c'est une grande marque de respect et de délicatesse, et c’est même émouvant.

- Et moi je te remercie pour ton attitude envers moi et mon histoire frappadingue.

- Ça !... confirme Alicia.

Nous rions de concert. Retrouvant son sérieux, Alicia dit :

- Qu’attends-tu de Mandro maintenant ?

- Je n’attends rien pour moi et je sais que par moi-même, je suis impuissante. Pour lui, je suis devenue transparente à ce qui me relie au Maître suprême. Désormais, il a reçu suffisamment de traces de lumière pour qu’il fasse librement son choix en connaissance de cause. Cette mission étant accomplie, il est libre et quoiqu’il m’arrive, je ne me manifesterai plus.

J’espère maintenant être libre par rapport à lui, même si j’accepte de répondre à son éventuelle sollicitation. Quoiqu’il décide, je dois poursuivre la Mission et découvrir, seule s’il le faut, le trésor concret que j’entrevois maintenant. Ce trésor me semble être la trace matérielle du trésor « d’en Haut » dont j’avais eu la vision sans pouvoir la comprendre ni la formuler. C’est une tâche sublime et cependant écrasante que j’aurais aimé mener avec un autre humain. Tant pis ! Tel est mon destin, je me laisse guider, que la volonté du Très-Haut soit faite et non la mienne.

- Ta mission envers Mandro est donc finie ? dit Alicia, comme incrédule.

Je réponds vivement :

- Je l’espère, j’ai fait le point en ce sens, en songe. Le maître doyen du groupe m’a dit que j’ai accompli le nécessaire, il m’a invité à les rejoindre et m’a offert la place libre à leur table. Jil, le Maître des lumières était là, il souriait et approuvait. Nous avons joint les mains, une boule de lumière s’est élevée, surmontée d’une forme en demi-cercle.

« Une matière impalpable dorée s’en est échappée et s’est répandue sur nous. Puis, je me suis rendue au pays d’Harmonie où j’ai rencontré le Maître suprême. Lui aussi m’a dit que j’ai fait ce qu’il fallait et que c’était fini. Je lui ai répondu que cela n’avait pas de sens si j’avais fait tout cela sans obtenir le résultat prévu pour Mandro. Il s’est contenté de sourire.

Alicia insiste :

- Comment comprends-tu tout cela ?

- Mes guides me disent qu’en fait, je viens de passer l’épreuve d’Amour. Ils s’occupent de Mandro pour qu’il progresse. Je dois cesser de m’en préoccuper et faire confiance. Le Maître des lumières a, semble-t-il grâce à l’accomplissement de la mission envers Mandro, changé de niveau, récupéré ses pouvoirs. Et surtout Mandro, grâce aux changements de ses choix de vie pour lesquels j’aurais été utilisée, serait sauvé de ce qui le menaçait.

« Si ce n’est pas très clair pour moi, le principal est que j’ai accompli cette part de ma mission et qu’ainsi il soit sur la bonne voie. Après tout qu’importe si je ne sais pas à quel danger il a échappé ni comment j’ai été utilisée à son profit.

- Et tu es prête à découvrir les mystères liés à cette histoire, remarque Alicia.

- Oui, c'est vrai, je me sens assurée et prête, mais j’aimerai un peu de répit !

- Des vacances spirituelles, ajoute malicieusement Alicia.

 

Samedi 20 Mai 2001, fête des Bernardin qui signifie « ours fort ». Saint Bernardin au XV° siècle est noble et orphelin. Élevé par son oncle, il est doué pour les études et très pieux.

Remarqué à vingt ans lors d’une épidémie de peste à Sienne, il dirige l’hôpital. Lorsqu’il devient prêtre il est chargé de la prédication avec un grand succès.

Aujourd’hui c’est « porte ouverte » pour les proches lors de la séance Reiki. Georges ne souhaite pas venir, seul Vladimir veut essayer. Nous sommes peu nombreux, avec trois enfants et l’épouse d’un des membres du groupe. Brigitte s’occupe des enfants et nous réalisons nos exercices habituels de réception, émission d’énergie. A la fin, Sylvie s’approche de moi et me dit « tu n’es pas seule, j’ai senti des présences puissantes à tes côtés ». Très surprise, je ne réponds pas, je n’avais rien ressenti de particulier. Elle ajoute : « aies confiance, tu es protégée ».

Vladimir a apprécié de m’avoir accompagnée pour découvrir les pratiques, cependant il n’a pas souhaité poursuivre. Georges a regretté de ne pas être venu, en fin de compte il a fait la sieste tout l’après-midi. C’est qu’il en avait besoin !

 

Mercredi 23 Mai 2001, Nouvelle Lune. Fête des Didier qui signifie « désiré ». Saint Didier est un martyr du V° siècle, exécuté par le roi des Vandales.

Une semaine après la rencontre avec Mandro je me sens un peu triste, car lors de cette courte entrevue, j'ai clairement perçu ce qu'il pensait de moi et son incompréhension.

En songe, j'offre au Maître suprême mon cœur gonflé d’amour. Il s’ouvre et une nuée de colombes s’envole. Elles vont se poser sur les bras, les épaules et la tête du Maître suprême dessinant une croix surmontée d’un cercle semblable à une représentation vibrante d’énergie de la croix égyptienne, le signe de vie, l’Ankh. Je renonce alors à partager avec Mandro le secret qui le concerne. Je resterai seule avec ce mystère et en assumerai toutes les conséquences.  

Aussitôt, cette résolution prise, je me retrouve au sommet d’une pyramide pour une rencontre fabuleuse, dans l’Amour éternel au-delà de toute limite espace-temps. D’un côté, je vois Mandro avec à sa gauche le Maître suprême, à sa droite le Bien-aimé et derrière lui Adon, l’archange de lumière. Je fais face à Mandro avec à ma droite la compagne du Maître suprême, à ma gauche la Bien-aimée et lorsque je me retourne, Mère est derrière moi.

 

Soudain, je me souviens avoir été fascinée par la broche d’une personne rencontrée voici quelques jours. Elle était composée de deux losanges entrelacés. En un éclair, je crois comprendre cette énigme : quatre plus quatre font huit, c’est la représentation de la rencontre d’amour suprême, la quaternité d’amour, « En bas est le reflet d’en haut ». Je sais que c’est fini maintenant, je ne renie rien de tout ce que j’ai ressenti et vécu, je n’ai plus de manque, je n’ai ni regret ni remords. Ce que j’ai fait devait être fait même si l’objectif m’échappe puisque selon les apparences, c’est un échec lamentable. Certes, j’ai eu l’intuition qu’il était maintenant « sauvé », mais j’aimerais savoir de quoi concrètement. Pourtant lors de mes précédentes missions, je n’ai jamais cherché à savoir ce que les personnes faisaient du message transmis, je ne suis qu’une médiatrice.

Peut-être que pour lui l’important est qu’il soit « sauvé » et guidé sur une voie lui convenant mieux, même si c’est à son insu. Tant mieux si j’y ai contribué, tant pis si j’ai été ridicule et trop perturbée pour avoir le recul nécessaire ! Je n’ai pas pu faire autrement et je crois toujours à une réalité autre qui se manifeste dans cette histoire. J’aime d’un amour sans limites. Qui ? Depuis notre dernière rencontre, je me suis interrogée. Qui est Mandro pour moi ? Qui m’attire et suscite cet amour au-delà de son apparence ? Mon « animus » ? Un songe m’a donné la réponse et c’est finalement toujours la même. Je vois derrière son visage celui du Maître suprême et au cœur de son être, la pleine réalisation du potentiel d’Homme-étoile. Mais quand je suis près de lui, je me calibre naturellement sur lui sans même m’en rendre compte si je ne lutte pas pour garder mes propres pensées. Bien que ce soit fascinant, ce n’est pas plaisant et c’est probablement pour cette raison que je ne peux pas l’aider davantage.

Je suis trop faible face à lui, je serais trop influencée pour avoir la maîtrise nécessaire au maintien de l’objectif. Je serais sous sa dépendance et il est de la race des implacables. C’était réellement une mission impossible pour moi, je ne suis pas la personne capable de lui transmettre ce que j’ai reçu. Je comprends aussi que le long combat mené jusque-là justifie pleinement ce que j’ai obtenu. Je ne l’ai pas eu à sa place, je n’ai pas usurpé ce qui m’a été révélé. Et si j’ai été aidée, ce n’était pas seulement pour accomplir ma mission envers lui, c’était pour que j’y accède moi aussi.

De plus je suis aidée concrètement. J’ai vérifié les cartes de Toulouse et sa région, j’y ai vu effectivement ce que m’a expliqué Emmanuel, c’est évident maintenant ! Le Y, l’octogone et le pentagone qui pointe vers le sud y figurent bien. Le danger semble effectivement au sud, mais pour la date éventuelle et le symbole des allumettes en étoile à huit branches qui y serait associé, cela reste un mystère. L’essentiel est que Mandro soit « sauvé ».

Par ailleurs Emmanuel m’a appris que selon la Tradition, l’étoile à cinq branches représentait Sirius, elle-même représentant Isis, la grande Déesse d’Égypte autrefois adorée en Gaule romanisée. L’étoile à huit branches était parfois associée à Vénus, autrement appelée Lucifer, c’est-à-dire « porteur de lumière » en latin, sous sa forme d’étoile du matin, médiatrice entre la nuit et le jour. Mais Vénus pouvait aussi être représentée par l’étoile à cinq branches. Le culte d’Isis a été réactualisé dans le culte de la Vierge Marie et celui de Vénus diabolisé, le Porteur de lumière est devenu Lucifer-Satan.

 

Voici quelques mois, en avril, j’avais entendu : « Poursuis la voie du huit... » et aussi de « passer du cinq au huit ». Mais je recevais un avertissement : « Pour passer du cinq au huit il faut te confier au Très-Haut, sinon tu es en danger, car la nature humaine est faible ». Et quand je demandais pourquoi, mon guide répondait : « parce que cinq plus huit font treize ! ». Quand je lui raconte cela, Emmanuel me dit que selon la tradition hébraïque, le treize est le chiffre de l’Amour et que lorsque deux personnes se rencontrent avec amour, deux fois treize donne vingt-six, le chiffre de Dieu. C’est l’enseignement de ce qu’il appelle la Kabbale hébraïque. Je ne comprends pas encore tout, mais je suis sur la piste ! Emmanuel m’a donné la clé ou du moins un élément primordial pour trouver la clé, je le remercie chaleureusement.

Au sommet de la Pyramide de lumière j’ai vu l’Homme-étoile, modèle qu’il faut « épouser » pour devenir étoile. Il est porte de Lumière, androgyne réalisé, et se fondre en lui c’est passer dans une autre dimension de formes subtiles. Je me centre dans l’axe de l’étoile, cela unifie tous mes besoins et désirs, les rassemble au niveau supérieur de la pyramide. L’Énergie de sa Lumière peut alors passer au centre et agir pour me réorienter vers ma vocation de Réalisation.

 

A la Renaissance, des « savants » travaillaient sur une figure symbolique de l’Univers. L’homme qui s’en imprégnait avait ainsi le moyen d’unifier le chaos de ses mouvements d’âme, ses impressions intérieures. C’était une forme de mandala, protégeant l’âme de la dispersion ou des influences « dissolvantes ». Lorsque la personnalité par ce moyen était unifiée, ils observaient des phénomènes synchronistiques auxquels ils attribuaient une valeur magique.

De même l’Alchimie élaborée depuis l’Antiquité affirmait que le but de l’œuvre était de concevoir l’Ordre céleste dans sa rotation perpétuelle par analogie avec les mystères de l’âme.  Celui qui avait établi une relation avec l’étoile était en fait celui qui avait rendu conscient le principe de Vie commun au Macrocosme et au Microcosme. Le travail de toute une vie !

 

Dimanche 3 Juin 2001, fête de Pentecôte commémorant le jour où le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres et les a inspirés pour accomplir leur mission et leur destin.

Je me sens mal, très triste, douloureuse. Je n’ai plus aucune certitude. Je veux pourtant toujours aimer, servir, continuer la voie d’évolution spirituelle sur laquelle cette histoire m’a propulsée. Un songe me confirme que cet amour pour Mandro est pour moi le lien avec la Source. Bien sûr, je renonce à toute relation avec lui, je sais maintenant que j'en suis incapable, car abandonnée à mes pauvres forces, je me sens très faible. Je mesure d’autant plus l’impact de la force supérieure s’exprimant en moi. Ce que j'ai fait me ressemble bien peu et témoigne d’une sagesse dont j'étais ignorante jusqu’à ce qu’elle me soit révélée. Je n’ai pas inventé cette histoire, je n’ai pas été aveuglée par des sentiments égoïstes. J'ai servi la Voie et j'éprouve cette vérité au plus profond de mon être comme si ma vie en dépendait.

Toujours à « l’écoute », en repensant à notre dernière rencontre, « j'entends » ce que Mandro m'a dit : « Vous vous ennuyez chez vous ». Bien que cela me semble injuste et faux dans un premier temps, je fais l’effort de suivre les recommandations de mes guides en cherchant la définition de l’ennui. Selon l’étymologie d’origine, cela signifie « être objet de haine ». Avant Mandro, étais-je dans la haine ? Toujours est-il que pour moi, il y avait les bons, les mauvais, le bien, le mal. Mandro a peut-être raison d’une certaine manière, puisque grâce à lui, j'éprouve l’amour sans condition qui me révèle la Voie vers une plus haute spiritualité et me débarrasse de mes limites égoïstes (de mon ego) en les remplaçant progressivement, malgré des moments plus difficiles, par la paix de l’âme.

En songe, je vois mon corps en croix de lumière (en quatre). Lorsqu’une deuxième croix s’y superpose formant huit branches au total, je me transforme en femme-étoile à cinq branches. La voie du Huit !

 

 Mi-juin 2001, je vis une nouvelle sérénité malgré un quotidien devenu plus difficile. Maintenant, j’ai de longues périodes sans penser à Mandro, je me sens dans l’axe de ma vie, libérée d’avoir accompli cette part concrète de la mission. Et quand je pense à lui, un amour immense et une gratitude joyeuse m’envahissent comme sans lien direct avec lui, comme une réserve énorme toujours présente à laquelle j'accéderais par son intermédiaire. Dans ma vie quotidienne, c’est pourtant plus « lourd » qu’avant, lorsque le Maître des lumières était à mes côtés. J'ai des petits malaises, des moments de grosse fatigue, des ennuis de toutes sortes. Mais je ne vis plus de « hauts » vertigineux aux retombées difficiles ni ces « bas » de doute, de manques désespérants. Je découvre une vie humaine ordinaire tout en conservant les avantages de l’accès à une autre dimension où tout prend sens.

 

Samedi 14 Juillet 2001, Fête nationale

Je fais un rêve dont je sors émerveillée. Une longue marche me conduit jusqu’à une petite chapelle isolée dont la porte est entr’ouverte. L’intérieur est sombre, un homme en robe de bure grise à capuchon lui recouvrant la tête replie des volets intérieurs placés devant les vitraux. Cinq rayons lumineux convergent alors vers le centre de la chapelle juste devant moi. Je distingue dans cette lumière une vasque où bouillonne un liquide doré, je m’agenouille. L’homme en robe de bure vient devant moi. C’est le Maître des Lumières.

- C’est bien, tu es venue, dit-il avant de disparaître. 

Il cède la place au Maître suprême qui me propose sa bénédiction et me trace un signe sur le front, la bouche et le cœur avant de dessiner un grand signe de croix sur l’ensemble de mon corps. Je ressens physiquement la verticale déterminant l’axe relié au ciel et l’horizontale ancrée dans la matière pour m’animer. Il m’invite à entrer dans la lumière avec lui.

Paix absolue, Amour infini.

26 janvier 2022

2001, Chapitres 1 et 2, Tome 2

2001

 

       1

 

Dimanche 7 Janvier 2001, fête des Raymond qui signifie « protège par son conseil ». Saint Raymond au XII° siècle est militaire avant de devenir religieux. Il devient évêque d’Aragon en pleine lutte contre les « maures », et lutte aussi contre les mœurs relâchées des chrétiens se faisant des ennemis parmi d’autres évêques. Il est mort de la peste.

Est-ce l’influence des troubadours évoqués par Emmanuel ?  J’ai fait un rêve étrange érotico-poétique. Dans une fête sur mon lieu de travail, un très jeune homme séduisant et inconnu s’approche de moi, il me propose de boire un verre. La fête n’étant pas encore commencée, il n’y a que du jus de pomme. Il dit ne pas avoir besoin d’autre chose, car depuis qu’il m’a vue, la tête lui tourne et il commence à me parler d’amour.

Appelée par mon travail, je le laisse. Quelque temps plus tard, je dois revenir voir ce jeune homme soudainement malade. Je l’installe dans une chambre vide. Lorsque je me penche vers lui, il m'embrasse avec tendresse. Il comprend que rien ne peut exister entre nous, mais c’est plus fort que sa volonté, il est saisi par un amour mystique et poétique. Ses propos me sidèrent et me fascinent, ils ont la saveur des transports, désuets de nos jours, du Cantique des cantiques de Salomon ou de tout poème d'amour des anciens temps comme ceux du soufi Rûmi, mais avec leur frémissement propre.

- La naissance de tes seins offerte à mon regard est la porte du sanctuaire où s’épanouit mon désir. Ils en sont les colonnes triomphales, blanches et tendres comme des colombes palpitantes. Je respire ton parfum et j’ai le goût de ta peau, fruit velouté sur mes lèvres. Je vois une flamme briller dans l’eau de tes yeux, je prends feu à son éclat.

« Je suis dans un autre monde où ton corps enlace le mien. Je suis une plage paisible pour accueillir l’écume de tes jours. Je suis un jardin où l’iris soyeux déploie sa hampe en l’honneur d’une fleur au velours délicat. Au sommet de deux pilastres d’ivoire, un bouton de rose frémissant et rougissant telle l’étoile dans le soleil levant, appelle mes baisers. Architecture sublime d’une voûte en ogive, prière vivante au Créateur. J’accède à la crypte obscure au parfum de fleur océane. Je m’offre à la Femme-Vierge-Mère.

« Accueille-moi, je suis au premier jour des jours, homme nouveau destiné à renaître au soleil de l’amour. Je suis germe qui sous la rosée céleste fend la terre pour devenir... toi, arbre lancé à l’assaut du ciel, aux branches de cristal et aux feuilles de pierreries scintillantes.

« Dans mes mains émues, j’accueille les fruits sublimes, les pommes d’or du jardin des délices. Oh ma sœur, je te connais, tu me reconnais dans le miroir de ton âme et nous entrons ensemble dans le Royaume au-delà du temps et de l’espace. Une fleur s’épanouit au sommet de l’arbre du monde et ses mille pétales entourent l’œuf de diamant dont nous sommes les enfants célestes. » 

Mon rêve s’interrompant brusquement, je note aussitôt ce discours pour en sauvegarder la tonalité si particulière. Il y a pire comme expérience, je savoure pleinement !

 

Lundi 15 Janvier 2001, fête des Rémi qui signifie « celui qui guérit ». Saint Rémi au VI° siècle convertit et baptise à Reims le chef franc Clovis préparé par sa femme catholique, Clotilde.

Je me sens dans un nouveau monde aux lois déconcertantes, aux présences inconnues que j’ai à découvrir et apprivoiser. Cet engagement vital me transforme en profondeur, je dois réussir à l’intégrer dans ma vie quotidienne afin que ce que je vis intérieurement s’y exprime pleinement. Par ailleurs malgré mon désir d’obéir à mes guides, écrire autrement que dans mon journal me coûte énormément et je ne parviens pas à m’y résoudre.

En songe, je me retrouve devant un livre posé sur une table de travail. Je m’assieds et consulte ce livre, c’est le « livre de la multiplicité ». Les pages sont blanches, seule la dernière est écrite : « Conclusion : une vie pour entrer dans la lumière ». Que dois-je faire ? Comment écrire cette histoire si ce n’est au fur et à mesure de son déroulement dans mon journal ?

 

Lundi 29 Janvier 2001, fête de Gildas qui signifie en breton « servant de Dieu ». Saint Gildas est un noble breton du VI° siècle né en Ecosse, ordonné prêtre. En Bretagne il devient ermite puis fonde un monastère.

Un livre de M. L. Von Franz découvert à la bibliothèque, Nombre et temps, éclaire ce que je vis. L’Amour est la force absolue, l’Énergie fondamentale qui relie toute chose de l’univers au niveau le plus profond. L’Amour humain est encombré de projections dont il est nécessaire de nous débarrasser pour devenir authentiquement nous-mêmes et accéder à l’Amour source.

La Connaissance est au-delà du désir, de l’attrait sentimental pour l’autre, elle en est le mystère central. Un ordre spirituel dépassant le conscient est l’essence de la relation d’amour. L’ordre cosmique du Soi est le secret ultime (insondable et redoutable au-delà de tout souhait et de toute action humaine).

La voie pour y parvenir nécessite une obéissance lucide sans à priori à ce qui vient du plus profond de l’être et s’exprime en particulier dans les songes et les rêves. Cette voie mène dans une autre dimension où des présences se manifestent, des forces implacables s’exercent pour conduire l’être aux limites de sa raison, de son intelligence à la découverte de sa vraie patrie, celle que chaque être cherche désespérément sans la connaître mais qu’il reconnaît avec une certitude jubilatoire quand après les épreuves imposées par le franchissement de ses propres limitations, il y accède enfin.

La difficulté principale est d’accepter ce territoire immense pour « royaume » propre, d’intégrer toutes ces forces contraires provenant de l’inconscient pour devenir un individu pleinement conscient. Cependant pour accéder à cette maîtrise, il faut d’abord se laisser guider dans un monde qui a ses propres règles et son autonomie propre.

Ce renoncement au despotisme de la fonction rationnelle, au mode de fonctionnement banal de l’individu, cette soumission est paradoxalement structurante, elle permet l’expression non plus des règles étouffantes d’un petit moi limité mais des lois gouvernant l’Univers et donc l’Humain dans sa ressemblance sacrée.

Celui qui juge ce processus selon son mode de pensée habituel ne peut le comprendre et cela lui paraît dangereusement absurde. Celui qui accepte d’entendre l’appel de cette voie et d’y répondre par son engagement total, en découvre l’évidence et la grandeur. Ce mystère pour être approché doit être vécu pleinement dans la transformation de l’être qu’il engendre. Cet être n’est alors plus isolé dans une vision du monde déformée par ses projections aberrantes et n’est plus ballotté au gré d’absurdes ou cruels événements dans un monde hostile.

L’intérieur et l’extérieur sont en correspondance et l’être perçoit les coïncidences signifiantes entre eux, ce qui balise sa progression. Il accède à la Réalité ultime se manifestant sous divers modes : esprit (expression psychique de l’individu) et matière (monde physique). C’est une nouvelle Connaissance d’un être unifié utilisant « l’œil du cœur », nouvel organe d’un savoir centralisant toutes les manifestations de l’esprit relié à l’Esprit universel.

Ainsi l’homme accédant à cette Connaissance est en Paix, toutes les fonctions de son esprit s’unissent pour la perception de l’ensemble des phénomènes et des événements dans un tableau global dont il saisit le Sens, manifestation du principe mystérieux, source et origine de toute forme.

Ce nouveau témoignage réconfortant confirme la valeur de l’enseignement délivré par mes guides. La recherche vitale de ma propre vérité au travers de cette histoire aboutirait à cette perspective fabuleuse de l’univers et des forces cosmiques unifiées dans l’Énergie primordiale située hors de l’espace et du temps. Je comprends l’importance de la « clé » donnée dès le début par Jil : « Apprends à aimer ».

 

Début février 2001

Je fais plusieurs fois le songe d’une pyramide surmontée d’une étoile contenant un Homme, modèle parfait à « épouser » pour devenir moi aussi une étoile (de lumière) et passer de l’autre côté dans le monde des formes pures. Il est « la lumière, la porte, il est l’Homme divin ».

C’est un choc, c’est l'Homme qui vient en moi, je crois me briser tant les vibrations de mon corps sont intenses. Il a le pouvoir de me mettre dans l’axe pour unifier tous mes besoins et désirs au niveau supérieur. L’Énergie de sa lumière s’écoule alors, imprègne chaque cellule et lui redonne sa vocation en la replaçant dans l’axe centré sur l’étoile.

 

J’ai toujours autant de difficultés à prendre assez de recul pour écrire. En songe, j’interroge mes guides.

- Vous me demandez de rédiger mon histoire liée à Mandro, comment dois-je faire ? 

- Cette tâche est liée à la question de l’œuvre de ta vie.

- Du sens à lui donner ?

 Je vois alors un homme à l’intérieur de moi-même diffusant une lumière qui rayonne l’amour et la vie. Que comprendre ? 

 Je cherche toujours une explication psychologique sérieuse ou scientifique à ce que j'ai vécu avec Jil. Or voici que je trouve dans le livre que je parcours rapidement avant de le rendre, des éléments de réponse. M.L. Von Franz dit dans Nombre et Temps :

La mort décrite dans les textes religieux est présentée comme l’ascension dans les champs des archétypes de l’Inconscient collectif. Seul celui qui a trouvé une relation à son âme ( appelée autrement « l’étoile qui ne se couche jamais » ) peut pénétrer dans le monde intemporel avec son identité. L’homme qui parvient à édifier un corps spirituel vit simultanément dans l’ici et l’au-delà. Cet au-delà n’étant en fait séparé ni spatialement ni temporellement de l’ici. Il est le Tao, le Sens qui imprègne simultanément tout être et tout devenir.

A la mort l’homme devenu conscient de ce processus fait l’expérience de la transposition du moi dans le Soi. Des complexes individuels non conscients, autrement appelés des fantômes, appartenant à des vivants ou des morts peuvent se manifester. Si une personnalité réussit à rendre conscient - en général au prix d’un très dur effort - un tel complexe flottant, elle libère de ce fantôme non seulement elle-même mais la psyché universelle.

Cette intégration ne peut être réalisée par un individu au moyen de son seul moi mais grâce à la puissance supérieure du Soi qui assiste le moi en opérant dans la même direction que lui. Cela ne peut s’accomplir que lorsque le moi s’inscrit correctement dans le jeu rythmique du Tao, du Soi. Cela se traduit par un état de conscience supérieur relié au Soi (dont le symbole est image du but, du processus d’individuation) donnant la liberté de parcourir la totalité du champ de l’inconscient. Cette liberté réside dans la connaissance de soi la plus élevée qu’un homme puisse atteindre.  Les morts illuminés peuvent se manifester dans le domaine de la vie. Ils semblent vouloir créer un ordre signifiant. On retrouve les notions d’enseignement par des morts chamans ou héros, les guérisons ou les miracles des saints après leur mort.

 

 Cette lecture me bouleverse profondément. Je n’aurais pu espérer une meilleure réponse à mes interrogations, même en demandant l’avis d’un spécialiste de la question, en admettant déjà que je réussisse à tout lui expliquer.

 Je reste dans cet état d’esprit quelques jours puis me rends sur la tombe du père de Mandro emplie de gratitude. Son fils joue au foot à côté dans le bruit et les cris, selon sa vie et ses choix. Je suis émue du « sacrifice » du père dont j'ai bénéficié, et si je mesure pleinement la valeur de ce qu’il m'a confié ces derniers mois, je me dis impuissante puisque le fils ne veut rien savoir. Dois-je même encore honorer mon serment de transmission fait pour libérer Jil ?

La réponse ne se fait pas attendre, la douleur de ma nuque qui était très atténuée depuis un moment se réveille soudain, je ne sens plus ma main droite devenue très engourdie. En m’aidant du symbolisme du corps, j'en décode rapidement le message. Je dois dire oui à ce qui m'est demandé sans juger de la dignité de Mandro à recevoir ce cadeau somptueux, de sa capacité à le comprendre, de son aptitude à prendre son propre chemin pour le conquérir. Je suis bien consciente que si le but est unique, il y a autant de chemins que d’individus pour y parvenir.

 

Fin février 2001, un amour immense emplit toujours mon cœur, je suis en paix. Je me sens détachée de Mandro et ne prie plus pour lui.

 

Début mars 2001, de nouveau déstabilisée, je suis bouleversée par une histoire que je n’avais jamais comprise, entre Esaü et Jacob, deux personnages bibliques. Esaü l’aîné, l’homme en tunique de peau devait recevoir la bénédiction de son père mais Jacob, le second est passé avant, en prenant la place de son frère. J'ai une prise de conscience. J’ai reçu le trésor à la place de Mandro tandis qu’il lui revenait de droit par filiation. J’étais la seconde, la servante, pourtant j’ai reçu la transmission du maître, du père qui avait désigné son fils à travers moi. Je ne sais plus. Que dois-je faire de ce que j’ai reçu, de ce qui devait revenir à Mandro ? Dois-je continuer d’essayer de le lui transmettre ? Dois-je abandonner parce qu’il ne veut rien de moi ?

Je suis alors épuisée, je ressens depuis quelques jours une fuite d’énergie. Est-ce parce que ma raison, ma « petite personne » s’efforce de couper le lien avec Mandro ? Je me sens vaincue par les événements qui me paraissent sans issue. Peut-être ne sais-je pas encore assez aimer pour entretenir la flamme qui procure la joie et les raisons de vivre, de sentir battre mon cœur ?

 

Depuis un mois environ, je me sens abandonnée par ce qui me guidait et me soutenait ces dernières années. Il est vrai que le Maître des lumières n’agit plus directement en moi depuis sa libération. Sa présence avait semble-t-il bien amélioré ma santé, peut-être à la mesure de mon acceptation des consignes d’intercession pour Mandro. Est-ce que je retrouve mon niveau antérieur, mon fragile état ordinaire de base avec quelques années de plus ?

Je vis cela comme une nouvelle épreuve destinée à valider ce que j'ai reçu, je dois de mon propre choix assumer ou refuser l’héritage sans en espérer de bénéfices secondaires et surtout sans l’intervention d’une volonté extérieure.

Je demande l’aide de mes guides, l’un d’entre eux m’emplit de lumière et me conseille de dire adieu à Jil en déposant sur sa tombe une tulipe blanche. Je m’exécute donc et me rend au cimetière. Le lendemain, je fais un songe de « vie antérieure » qui me révèle un autre aspect du lien entre Mandro et moi. Je me vois servante - presque esclave - d’un homme sévère habillé tout en noir qui me tyrannise. Je suis pourtant très liée à lui et tout au fond de moi-même, je l’aime, bien qu’étant simplement à son service. Il me fait tellement souffrir qu’un jour, furieuse je saisis un couteau. Je vois l’incrédulité horrifiée dans ses yeux et au dernier moment, incapable d’arrêter mon geste, pour ne pas le tuer, je retourne le couteau contre moi. Je me vide de mon sang et meurs devant ses yeux alors qu’il est paralysé par le choc.

Il prend conscience de sa responsabilité, de ses torts et de son amour pour moi qu’il avait transformé en haine, car il était prisonnier de son orgueil. Il fait le serment de « payer le prix du sang » pour expier son attitude et exprime le souhait que lors d’une prochaine vie éventuelle, sur le chemin de sa quête, je parvienne au but avant lui. Je devrais même servir d’intermédiaire pour qu’il y parvienne lui aussi, si je lui pardonne et accepte ce rôle de mon plein gré.

  

2 

 

Vendredi 30 Mars 2001, fête des Amédée qui signifie « aimé de Dieu ».

Je ne me sens pas très bien au travail. J'ai des sensations d’étourdissement et de vide, je ne suis bien qu’au repos. Je ne peux plus prier même pour moi et je me raccroche à deux ou trois mots « sacrés » pour éviter l’envahissement négatif. Je me sens au « point mort », écrasée par un lourd fardeau tout en me disant qu’il faut croire, garder confiance et suivre la voie. J'essaie de comprendre à quel endroit je me serais trompée.

Je me rends à l'évidence que je suis de plus en plus mal depuis que j'ai cessé de prier pour Mandro à la mi-février. Je décide donc de recommencer et quelques jours plus tard, alors que j'accepte de nouveau le lien avec lui, je me sens effectivement mieux. Je pense être sur la bonne voie, même si bien sûr tout n’est pas réglé pour autant.

En particulier, je supporte mal certains comportements de Georges qui est plus soucieux que jamais et se réfugie dans des habitudes envahissantes ou coûteuses. Analysant la situation avec l’aide de mes guides, je perçois clairement deux possibilités. Soit j'admets à quel point il est perturbé et si je ne le supporte plus, j'en tire les conséquences. Si cela crée d’autres difficultés, c’est peut-être la chance d’une vie nouvelle. Soit je l’aime au-delà des apparences et de ses troubles exagérés, mais finalement sans danger, et je continue à ses côtés.

Après mûre réflexion, je choisis encore et toujours la confiance et l’amour pour « l’homme de ma vie » qui d’après mes guides est sur son propre chemin. Je l’aime tendrement, je souffre de le voir se piéger ainsi. Cependant, je ne détiens pas la vérité. Chacun doit avancer sur sa propre voie et faire ses propres expériences en cette vie.

 

En avril 2001, je fais un stage de Reiki de deuxième degré. J’espère que cela va m’aider à aller mieux. J’apprécie de plus en plus Brigitte et sa simplicité malgré ses réelles capacités. Elle ne joue pas au Maître et vit réellement selon ses principes. En particulier elle dit que devenir Maître ne donne pas de pouvoirs, mais nous met au Service d’une Puissance, d’une Énergie qui nous dépasse et se sert de nous pour accomplir ce qui doit être fait. 

Yvon nous rejoint à la fin du stage, il parle toujours aussi peu, mais il a amené son Livre d’artiste avec les photos de ses œuvres sculptées ou peintes. C’est superbe, principalement abstrait et « rayonnant » comme lui.

L’une des stagiaires, Sylvie est très sensible et ressent la même chose que moi à son propos. Je n’aurais pas su le formuler, mais elle l’exprime avec facilité. Il nous dit qu’il fait quelques expositions locales, il aimerait vivre de son art, en attendant il fait un métier exigeant de son mieux. Il a renoncé à enseigner le Reiki en raison d’horaires trop incertains, il pratique autant que possible et accepte son sort avec philosophie. La journée finit dans le jardin où nous profitons d’un rayon de soleil et de la présence de chats qui viennent ronronner autour de nous. C’est vraiment un très bon moment qui confirme mon choix de cette pratique. Et même si je suis consciente que ce n’est pas vraiment « ma voie », c’est pour l’instant ce qui s’en rapproche le plus.

Au cours de ce mois d’avril, je vais mieux, je prie facilement pour Mandro et les autres. Je fais des songes ou des rêves dans lesquels je vois le huit sous différentes formes. Dans un de mes rêves, j'entends : « Pour passer du cinq au huit il faut te confier au Très-Haut, sinon tu es en danger, car la nature humaine est faible ».

Dans un autre rêve géographique situé à Angers, je vois se dessiner un pentagone qui serait en « rapport avec un huit ». Après Toulouse, Angers ? Ne comprenant pas cette énigme, je demande des précisions à mes guides.

Je me vois en rêve sur une colline surplombant une vallée parcourue par une rivière. C’est la fin d’une belle nuit éclairée de lune, de nombreuses personnes sont assises en attendant le lever du soleil qu’ils acclament au moment de son apparition. Mandro est là et il me dit : « C’est le point du jour ». Tous semblent célébrer quelque chose de très important.

 

Début Mai 2001, je me demande de nouveau : « Que faire par rapport à Mandro?». Mes guides m’aident à progresser. Jil, le Maître des lumières est satisfait de m’avoir confié ses secrets. Quant au Maître suprême, il me protège et m’aime toujours. Il me laisse décider seule de la conduite à tenir, c’est vraiment de ma responsabilité.

Mais j’ai vu le cercle des ancêtres me demandant de transmettre à Mandro, en insistant sur l’importance des symboles d’étoiles à cinq et six branches. Ils souhaitent que je le contacte rapidement et devant mes doutes ils m’assurent que cette fois, il acceptera enfin la rencontre tellement attendue. Je vois à la fin de ce songe tous les êtres de lumière et mes guides se réjouir, ils m’assurent de leur soutien dans cette démarche.

Je ne sais pourtant pas ce que je dois concrètement lui dire avec ces symboles. Ramenés dans la réalité quotidienne, ils paraîtront ridicules ou un signe de folie de ma part. Le doute me taraude, je suis bêtement coincée dans une situation apparemment absurde.

Peu après, mon côté droit est de nouveau douloureux et engourdi : tête, épaule, main et hanche. Lors d’un songe je suis entraînée dans un face-à-face avec une forme monstrueuse double, à la fois mâle et femelle qui me barre le passage et me dit :

- Toi qui viens en ce lieu sacré, qu’as-tu à donner en échange de ta liberté ? Si tu n’as rien pour moi, tu resteras sous mon pouvoir.

- Que puis-je te proposer ? Ma vie ?

- Elle ne t’appartient déjà plus, dit la forme en ricanant.

Je pense à l’Amour, à mon évolution récente… Je ne vois rien que je puisse donner à ce monstre. Il insiste :

- Ce que je veux et qui est vraiment à toi, c’est ton serment.

Le serment fait au Maître des lumières qui me lie à Mandro ? Comme en réponse, le monstre reprend :

- Donne-moi ce serment, je me charge de l’accomplir, ainsi tu seras libre, tu n’auras plus d’obligation envers lui.

J’hésite un instant, tentée par cette délivrance tant attendue. Finalement, je réponds :

- Je ne peux pas, seul Mandro peut m’en délier en acceptant de m’entendre.

Le monstre rugit.

- Je ne vois qu’une seule solution, je dois m’en occuper moi-même.

- De quoi ?

- De le faire venir.

C’est à mon tour de rire :

- Tous mes guides ont essayé, il n’y a encore aucun résultat à ce jour.

- Tu ne me connais pas. Rien ne me résiste.

- Qui es-tu ?

- Je suis le Doute. Je suis celui qui divise, qui déchire, qui torture jusqu’à préférer la mort pour se libérer de mon emprise. Quand il sera venu vers toi, tu me remettras alors le serment et ton vœu le plus cher se réalisera, ta mission envers lui sera finie.

Méfiante quant à son éventuelle utilisation néfaste, je lui demande :

- Qu’en feras-tu ?

- Sa force est si grande que cela décuplera mes pouvoirs.

Inquiète, je préfère encore garder le poids du fardeau du serment envers Mandro, plutôt que de prendre le risque d’augmenter le pouvoir du doute qui infeste déjà tant de gens, moi la première. Le monstre change alors de voix, il prononce des mots tout à fait incompréhensibles et je vois se dessiner en lui une forme féminine lumineuse très gracieuse. Elle a besoin de la force du serment pour casser l’envoûtement dont elle est prisonnière et retrouver sa propre nature si belle.

En la regardant mieux, je m’aperçois que cette forme est double, à la fois féminine et masculine, elle appartient au cercle des êtres de lumière. Pour la libérer, je dois donc remettre le serment au Doute qui l’emprisonne. Mais il faut au préalable que Mandro me délie, il est donc impératif que je parvienne à le rencontrer. Que dois-je faire pour y réussir ?

Un être lumineux s’approche, il me fait étendre les mains, paumes vers le sol, y dispose douze pierres en cercle et me dit d’en prendre une. Comme j’ai les mains prises, je ne peux le faire qu’avec la bouche. Il m’indique la cinquième pierre.

Je devine aussitôt la réponse à ma question : j’ai les « mains liées », je dois donc agir avec la bouche, c’est à dire parler ( et non écrire comme je préfère ! ). Quand? La cinquième pierre me désigne le mois de mai. Mon guide acquiesce et me dit de retourner cette pierre. Trois petits dessins y sont disposés en triangle : un symbole doré rayonnant (un cercle de rayons), une tulipe violette, une sorte de scarabée.

- L’Amour est ton guide, me dit-il.

Je comprends qu’à ce stade, il s’agit du pur amour spirituel.

Le lendemain, alors que je cherche vainement le sens de ce message graphique, j'égare un long moment la clé de mon bureau et reçoit ce message : « La clé est dans la lumière ». Je me souviens du huit mai (8 et 5) à Toulouse quand Mandro n’avait pas la clé. Puis cherchant une précision dans mon journal, je découvre une petite note en rapport semble-t-il avec un livre de M. L. Von Franz :

La pierre des sages était comparée à la clé de David, celle dont on dit « elle ouvre et nul ne fermera, elle ferme et nul n’ouvrira ». Quand le sens profond d’une synchronicité nous apparaît il s’agit d’un élément-clé dans l’harmonie cosmique.

A défaut de cette petite clé nul ne saurait en ce monde atteindre la perfection de la Connaissance, (de la Pierre). Or cette pierre est une clé et celui qui détient la clé est investi d’une mission de confiance avec pleins pouvoirs pour la remplir. Les « philosophes » relient cette pierre au « sel des sages ».

Je pense au symbole rayonnant reçu voici quelques mois pour Mandro, symbole du sel d’ammoniac aussi nommé sel des philosophes. Le message affirmant « La clé est dans la lumière », je médite sur cette notion de lumière. Mon guide m'en interdit l’accès et me demande de déchiffrer d’abord le message du scarabée.

C’est le symbole égyptien du soleil qui renaît de la nuit. Il roule la bouse où il cache ses œufs, germes de vie cachés dans une forme apparemment repoussante. Il évoque la conscience émergeant de l’indéterminé, (la nuit, les ténèbres, l’inconscient) et me rappelle le Doute sous une forme monstrueuse contenant dans un « œuf de lumière », l’androgyne lumineux, la Vie. Je dois maintenant affronter le Doute pour libérer l’être de lumière qu’il contient.

16 mai 2021

2003, TOME 2

 

2003

  

Jeudi 8 Mai 2003. Fête des Désiré qui vient du verbe latin signifiant « regretter l’absence ». Selon la Lore ou Lorre, connaissance de la tradition, c’est constater l’absence d’une étoile, signe de mauvais augure !

Alicia profite du jour férié pour me rendre une petite visite. Georges et les enfants sont absents pour l’après-midi. Elle me demande de mes nouvelles :

- Avec mon traitement de dix comprimés par jour pour remonter ma tension, j’affole un peu certains pharmaciens de l’hôpital. Grâce à cela j’ai plus d’autonomie, j’arrive à tenir une demi-heure avec une activité modérée, je fais une petite promenade par jour. Si je force davantage j’ai des sensations vertigineuses, des précordialgies et une dyspnée. Je ne récupère qu’après dix minutes de repos allongé. Ce n’est certes pas brillant, c’est pourtant déjà un progrès qui me permet de faire plus de choses. En particulier je suis retournée sur mon lieu de travail. J’ai essayé de me mettre en condition en ne faisant que ce que j’aimais pendant une demi-heure. J’ai été épuisée le reste de la journée, mais cela m’a donné très envie de reprendre.

- Je me doute, dit Alicia, cependant tu dois être raisonnable… Et as-tu trouvé un événement déclencheur ?

- J’ai passé en revue toute l’année 2000, j’ai repéré que j’étais de plus en plus fatiguée et douloureuse globalement, même si j’avais des moments exceptionnels grâce à l’action de mes guides. Le Reiki m’a apporté un soutien, en particulier grâce aux gens rencontrés et aux rituels appris, efficaces pour maîtriser le mental et me mettre en état d’amour inconditionnel, mais cela n’a pas évité l’échéance de l’arrêt brutal d’activité. Je suis rendue au moment où Emmanuel me téléphone, ce journaliste de Toulouse avec lequel tu avais partagé...

- D’ailleurs il va bientôt venir me voir, dit vivement Alicia, il m’a demandé de tes nouvelles. Il est toujours prêt à t’aider. Il est en retraite maintenant, il a plus de temps.

- Je le verrai avec plaisir, si c’est possible bien sûr. Je ne vois plus grand monde en ce moment à part les médecins et experts. Et le dernier en date, médecin expert des assurances, était un sadique. Heureusement il était accompagné d’un superviseur venu de Paris. Il ressemblait à Freud et a commencé par reprocher à Georges de ne pas avoir pris l’autoroute pour faire les 100 km qui nous séparaient de son cabinet ! J’ai vu Georges comme un petit garçon en face de lui. Il m’a obligée à rester assise jusqu’à ce que je n’en puisse plus. A un moment luttant contre le malaise sur son injonction, je ne pouvais plus lui répondre, je ne comprenais plus ni ses questions ni ce qui se passait. Georges ne m’a pas défendue, c’est l’expert parisien qui a fait cesser la torture. Épuisée, je me suis allongée quelques minutes pendant qu’ils discutaient. J’ai mis deux jours à récupérer avec une migraine effroyable que rien ne calmait. J’ai dit à Georges que je ne subirais plus jamais ce genre d’examen. Il a manifestement eu peur lui aussi que je refasse un AVC, il me l’a promis.

- Je comprends, compatit Alicia, c’est terrible !

- Ceci dit, le résultat est positif, l’assurance me prend en charge.

- Ouf ! s’exclame Alicia, cela doit soulager Georges, et toi aussi bien sûr. Et comment tu vois ton évolution ?

- Au jour le jour ! Je suis déjà heureuse d’être encore vivante, certes handicapée, mais je peux aider mes enfants et Georges à la mesure de mes moyens. Je suis les conseils du cardiologue pour me rééduquer à l’effort : forcer sans exagération, faire autant d’activité physique que possible. Et continuer à voir la psychiatre qui a toujours l’air de s’ennuyer, mais que j’utilise comme tu me l’as conseillé pour « travailler » à trouver la cause de mes problèmes de santé. Pour l’instant elle ne veut pas me donner son avis.

- Il faut continuer à lui raconter ton histoire, dit Alicia, elle n’est pas banale. Et c’est son boulot de ne pas aller trop vite, de te laisser parler. 

- Sûrement. Et en parallèle je reprends les événements significatifs de mon journal, j’arrive à 2001, l’année déterminante…

 

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Le Trésor des Laures
  • Roman d'aventure intérieure. Estelle, médecin, se trouve plongée dans une autre dimension et conduite pour sauver un homme (le fils d'un père défunt qui l'a contacté) à apprendre à Aimer et à léguer un trésor occidental méconnu. Roman illustré par Estelle.
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